Opinion – Pourquoi la révolution de la dignité fait-elle honte à ses morts et à ses blessés ?

Jamais une révolution n’a été autant défigurée et dévoyée comme la Révolution tunisienne. Une révolution qui se voulait celle de la dignité d’un peuple et qui se confond désormais avec l’ignominie et l’insulte à la conscience humaine. Porteuse d’espoirs et de folles espérances, elle se conjugue depuis le 23 octobre 2011 avec détresse et mal de vivre. Les tunisiens, en se mobilisant comme un seul homme en ce jour du 14 janvier 2011 pour rendre son honneur, sa gloire et sa fierté à leur pays, voient aujourd’hui tous leurs rêves se muer en cauchemars et traumatismes des plus oppressants et inhibiteurs dont les conséquences sur leur état de santé mentale sont incommensurables.

Une révolution qui se voulait un antidote aux plaies dont souffrait le peuple tunisien et qui avaient atteint un niveau de douleur intolérable sous le règne du clan mafieux Ben Ali-Trabelsi a muté en métastase cancéreuse sans quasiment aucune chance de rémission.

Une révolution qui fait aujourd’hui honte à ses morts et ses blessés, car elle été vidée de toute sa substance, et détournée, comme une rivière de son cours pour irriguer le champ infertile et aride de ses ennemis. Les braves ont donné leur vie et leur sang pour l’honneur de leur peuple, et les lâches, les opportunistes et les traîtres de tous bords, surgis de nulle part, tels des fauves affamés, s’étaient jetés dessus pour la dépecer et assouvir de sombres et inquiétants desseins en vue de la vassalisation de la Tunisie.

Une révolution qui se voulait l’expression de la volonté populaire n’est en définitive que la réaffirmation du pouvoir illégitime, despotique et usurpateur. Tant de morts et de sang coulé pour rien !

Avoir fait tout ça pour ça ne peut que leur infliger une nouvelle mort et raviver leurs blessures.

Que d’impostures et d’escroqueries post révolutionnaires depuis ce jour morbide de la mise en bière de la démocratie en Tunisie sous forme d’une mascarade électorale que n’aurait pas désavoué le Chancelier A.Hitler. Faute d’avoir répondu aux aspirations humanistes du peuple tunisien, elle a contribué à l’émergence des forces obscures et hostiles au genre humain transformant le pays de la douceur de vivre et de la tolérance humaine en un univers impitoyable et inhospitalier.

Au lieu d’être une Ode à l’amour de la vie, elle se meut en homélie funèbre de la joie de mourir. Comme si la mort était la seule raison de vivre et la vie serait un sacrilège. Le lugubre et le sinistre sont désormais les normes de vie en société et la gaieté et le festif sont péchés mortels.

En l’espace de 13 mois, le pays des lumières est plongé dans une obscurité sans fin. Le pays de la sérénité laisse la place aux pays des troubles et des peurs phobiques.

La révolution tunisienne, prise en otage par les forces miliciennes de l’Empire du mal wahhabite et leurs affidés du C.P.R. et d’Ettakatol, est plus que jamais synonyme du Radeau de la Méduse. Rien que sa simple évocation horrifie tellement la majorité des tunisiens, réveillant chez eux la nostalgie de l’époque antérieure à la révolution. Ce qui aurait pu avoir un goût d’amertume se trouve doté d’un goût suave et délicieux à cause du poison létal distillé par les meutes wahhabites.

Les tunisiens connus pour leur pacifisme et leurs vertus humanistes voient chaque jour le nom de leur pays associé au terrorisme et au bellicisme. La Tunisie n’est plus un havre de paix et une terre de civilisation. Elle est devenue une terre de l’intolérance, de la loi de la jungle et de la barbarie humaine à cause de ces meutes de charognards qui ont déferlé sur elle depuis la chute du despote pour coloniser sa terre et polluer son paysage, semant la mort et répandant la terreur.

La Tunisie, terre multiconfessionnelle par excellence, emprunte le chemin d’une terre monolithique et fermée sur le modèle du Reich saoudien. Une terre à l’histoire plurimillénaire se voit dépouillée de ses vestiges et sa mémoire historique. Les nouveaux occupants œuvrent pour l’élimination totale du fait culturel tunisien. Ils se livrent à une véritable entreprise de démolition et de révisionnisme de son histoire nationale.

Tout se passe comme si la Tunisie n’avait jamais existé avant le 14 janvier 2011 et qu’elle a été fécondée par l’impérialisme wahhabite. Les forces miliciennes de l’Empire du Mal wahhabite procèdent d’une façon méthodique et systématique à expurger la Tunisie de toutes ses composantes spécifiques culturelles, cultuelles, politiques, humaines, historiques, civilisationnelles. La nouvelle Tunisie, que tous les tunisiens appelaient de tous leurs vœux et que l’Empire du Mal wahhabite appréhendait, n’est plus qu’un mythe !

La réalité est qu’elle se trouve dissoute dans un bain d’acide sulfurique pour être ressuscitée dans un corps uniformisé portant kamis afghan, barbes hirsutes et pouilleuses pour les hommes, et hijab et nikab pour les femmes. Une Tunisie standardisée grimée en croque la mort et en macchabées. Une Tunisie où l’on ne s’enivre plus de l’odeur du jasmin mais de l’odeur fétide des cadavres en décomposition abandonnés par les tribunaux d’inquisition. Après avoir fait chanter et danser l’âme tunisienne, elle l’a endeuillée et chagrinée. De l’honneur au déshonneur, de l’indignation à l’indignité, de Stéphane Hess aux amis de Ben Laden, du patriotisme à la trahison, de la république à l’Emirat qatari, de la démocratie à la théocratie. Du souffle de Vent Ouest de la Liberté au vent du sud de sirocco néfaste pour l’humanité.

La Tunisie dont le nom était accolé à Saint-Augustin, Hannibal, Ibn Khaldoun, la Kahina, Saïda al Manoubia, dont ils ont détruit le mausolée, et tant de ses filles et fils les plus illustres dont le fondateur de ses institutions républicaines modernes, Habib Bourguiba, l’homme à la mémoire salie et profanée par les anthropomorphes islamistes, voit son nom figurer dans la rubrique des faits divers des médias internationaux.

D’une destination de repos, de découverte et de détente, la voilà érigée en destination des camps d’entraînement terroriste et de prédication de la haine et de l’anéantissement de l’autre. Désormais son sol sacré est foulé par les pieds des agents du terrorisme jihadiste et de la négation de la vie humaine.

La Tunisie post-14 janvier 2011 est prise dans les mailles de filet acéré et vitriolé de Frankenstein en l’occurrence R .Ghannouchi, maître à penser et orfèvre de la terreur islamiste qui a déferlé sur elle dans les années 80 laissant apparaître Ben Ali comme un enfant de chœur à côté de lui et dont il était un fervent zélateur. A cause de l’insouciance et l’incohérence d’une frange du peuple tunisien, la Tunisie, héritière de Carthage, rejoint le cercle fermé de Mogadiscio, Khartoum et Kaboul. Du pacifisme de Ghandi aux penchants génocidaires d’Hassan Tourabi, beau-frère du Gourou vitrioleur R.Ghannouchi, et à l’antisémitisme et au philo-nazisme d’Al-Qaradhoui, le Pape du Viagra auxquels les escadrons de la mort islamistes tunisiens lui vouent un véritable culte, l’idéalisant et le sanctifiant comme s’il était un nouveau Dieu pour eux.

Ainsi, le pays du jasmin se trouve ressembler à un pays des ronces et orties envenimées. Du rêve des libertés, il est passé au pays du bagne de la vie, de la modernité à l’obscurantisme, de la laïcité au bigotisme, de l’avenir au passé, des droits de la femme à la négation de ces droits. Une révolution pour les droits fondamentaux transformée en tombe pour ces droits.

Du blanc de la pureté au noir de la perversion de l’âme et du bleu méditerranéen au gris saoudien. Du respect des droits de l’enfant à la violation de ses droits. De l’universalisme à l’ordre moral qui fait de la pédophilie et le viol sacralisé des femmes son mode d’expression majeure. Du bien vivre ensemble à l’intolérance et la ségrégation. De la tolérance au fanatisme et l’antijudaïsme. Des visages éclatants de vie de ses femmes aux visages assombris et aux corps couverts du linceul noir de la mort. De la libération à la castration. De la conscience humaine à la censure morale. Du beau au laid. De la vie à la mort.

Les tunisiens voulaient reprendre en main leur destin politique, ils sont tombés dans le piège fatal de leur destin religieux celui qui les ronge et les opprime depuis des temps immémoriaux. Ce tableau noir vaut pour tous les pays confrontés au péril Tsunami islamiste dont l’Algérie fut la première victime.

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