Ennahdha, les Salafistes et l’État : le point de non-retour ?

Comme il fallait s’y attendre, la violence salafiste risque de prendre une autre dimension dans la mesure où ces groupes, qui ont jusque-là profité de l’impunité frisant la complicité des pouvoirs publics, n’admettent plus une quelconque sanction qui viendrait mettre fin à leurs violents comportements. En effet, hier, ils se sont attaqués à un poste de police, celui de Khaled Ibn Walid, en réaction à l’arrestation de deux de leurs camarades après les incidents qui s’étaient produits à Douar Hicher et qui ont engendré l’agression d’un officier de la garde nationale. Il semble que parmi ces deux personnes arrêtées, on retrouve un certain « Saddam », le Salafiste présumé coupable de l’agression en question.

Cette réaction des salafistes, a, comme vous n’êtes pas sans l’ignorer, entraîné mort d’homme parmi les assaillants contre les forces de l’ordre alors que l’on relève la blessure de trois agents de la sécurité.

Indépendamment de la gravité de ces incidents, la principale question qui se pose aujourd’hui se rapporte à l’avenir des relations entre le parti majoritaire au pouvoir, Ennahdha, avec les Salafistes.

A ce sujet, les avis divergents entre les principaux dirigeants des Islamistes entretiennent le flou parfait.

D’un côté, Rached Ghannouchi multiplie les déclarations contradictoires. Dans un premier temps, il a souligné que ces salafistes ne viennent pas du ciel et sont annonciateurs d’une nouvelle culture pour la Tunisie, lui rappelant sa lointaine jeunesse. Dans l’intimité, il leur explique, comme l’a démontré la fameuse vidéo, qu’ils ont les mêmes objectifs : islamiser le pays en mettant la main sur toutes les institutions de l’État. Cette attitude de Rached Ghannouchi s’est concrétisée par une politique gouvernementale attentiste, voire permissive, à l’égard des actions des salafistes y compris les actes les plus violents commis à l’encontre des journalistes, des universitaires, des artistes voire de simples citoyens. Ce laxisme n’a fait que les encourager à conquérir d’« autres territoires » conformément aux vœux de Ghannouchi de l’islamisation par le bas afin qu’elle mette toute la société devant le fait accompli.

D’un autre côté, le même Rached Ghannouchi semble avoir changé d’opinion ( ?) après l’attaque de l’ambassade américaine qu’il avait, dans un premier temps, attribuée à des personnes étrangères aux salafistes. Devant les accusations et les révélations de plusieurs médias étrangers sur la présence de camps jihadistes en Tunisie, par ailleurs démentie par le ministère de l’Intérieur, Rached Ghannouchi tient dans les médias étrangers un autre discours traitant notamment les Salafistes de « sauvages » qu’il faut « civiliser » et amadouer petit à petit en les intégrant dans les règles de la démocratie.

À côté de Rached Ghannouchi, certains députés nahdhaouis comme Habib Ellouze, Sadok Chourou et d’autres, ne cachent pas leurs sympathies salafistes auxquels ils s’étaient joints à plusieurs reprises pour exiger l’inscription de la Chariaa dans la constitution, et qu’ils innocentaient systématiquement des actes de violence dont ils étaient accusés.

En face, le ministre de l’Intérieur, depuis les incidents meurtriers qui s’étaient produits en début d’année, avait déjà indiqué que « nous allons vers un affrontement avec la branche jihadiste » (Le Monde du 21 mars).

Aujourd’hui, la trêve entre Ennahdha et les Salafistes semble avoir atteint un point de rupture. Il est évident qu’un tel affrontement risque d’entraîner le pays dans un cycle de violence dont il n’a pas vraiment besoin pour se remettre sur pied. Il faut dire que le pouvoir paie sa tolérance certaine à l’égard des salafistes. Les apaiser aujourd’hui risque de ne pas se faire sans dégâts…

Commentaires:

Commentez...