Implosion d’Ettakattol : un parti victime des ambitions personnelles de son Chef !

Le Front Démocratique pour les Travail et les Libertés, surnommé Ettakattol, est probablement le plus grand perdant de cette seconde période transitoire de la vie politique en Tunisie. C’est non seulement le parti qui a le plus perdu de sympathisants, plusieurs milliers qui se sont sentis floués par ses dirigeants, mais qui est en train de laisser filer aussi ses militants y compris ceux sont actuellement députés à l’Assemblée Nationale Constituante.

En effet, et après les démissions de Khemaies Ksila, Abdelkader Ben Khemis, Salah Chaouaib et Mohamed Allouche, voilà qu’Ettakattol vient d’enregistrer les démissions de quatre autres députés en la personne de Selim Ben Abdesselam, Fatma Gharbi, Selma Mabrouk et Ali Ben Chérifa. Des démissions qui interviennent au lendemain du Conseil National qui s’est tenu à Sousse le week-end dernier.

Pourquoi tous ces départs volontaires ?

Il faut tout d’abord affirmer que l’alliance d’Ettakattol avec les Islamistes d’Ennahdha n’a pas été du goût de plusieurs militants et sympathisants du parti. Avant les élections et alors que les rumeurs sur un rapprochement entre Ettakattol et Ennahdha commençaient à circuler, Mustapha Ben Jaafar avait tenu, sous la pression des militants à l’époque, une conférence de presse au cours de laquelle il avait nié toute alliance avec Ennahdha avant, pendant et après les élections. Or, le secrétaire général d’Ettakattol avait fait fi de ces promesses et avait rallié la Troïka contre quelques postes ministériels distribués à ses proches au sein du bureau politique et un poste de président de l’ANC, alors qu’il visait la présidence de la république. Cette alliance avait déjà provoqué l’ire des sympathisants qui y ont vu une trahison de la part d’Ettakattol et de Ben Jaafar, et la démission de plusieurs militants, adhérents et enfin députés.

Ensuite, Ettakattol a échoué dans l’affirmation de ses propres conceptions au sein de la Troïka nettement dominée par Ennahdha qui gouvernait seule, ses deux alliés étant exclus de toutes les décisions ayant trait à divers dossiers comme les nominations au sein de l’administration, noyée par des proches des Islamistes, les attitudes envers les journalistes et les médias, etc. Ettakattol se contentait à chaque fois de publier un communiqué pour dénoncer tel ou tel autre comportement (les nominations, la situation dans les établissements médiatiques publics, la violence, etc.) alors qu’au gouvernement, les ministres d’Ettakattol se contentaient de jouer un rôle de comparse, assistant impuissants à la gestion du pays par Ennahdha.

Enfin, l’attitude extrêmement hostile de Mustapha Ben Jaafar, en tant que président de l’ANC, à l’égard des députés de l’opposition notamment et son attitude conciliatrice, voire complice, avec ceux de la majorité ont contribué largement à écorner davantage son image personnelle et celle de son parti considéré désormais comme un appendice des Islamistes.

Les contestations n’ont fait que s’amplifier et les démissions qui surviennent aujourd’hui ne font que confirmer le grand malaise d’un parti qui aurait pu se positionner comme le parti centriste majeur du pays s’il était demeuré fidèle à ses principes originels.

Aujourd’hui, il semble être entré dans une tempête et un tourbillon sans fin surtout que son secrétaire général poursuit sa politique jusqu’au-boutiste ayant seulement en tête le poste de président de la République. Mais, ne va-t-il pas être lâché par Ennahdha après les pertes qu’il vient de subir.

C’est plus que probable et Ettakattol aura ainsi passé à côté de l’histoire. Par la faute de quelques personnes qui ont monopolisé la décision et oublié leurs propres compagnons, pour assouvir leurs propres ambitions étriquées…

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