Grand meeting du Front Populaire : la gauche radicale en ordre de bataille

En cette matinée dominicale du 7 octobre, il flottait du côté du Palais des Congrès, un parfum du mythique dix-huitième congrès extraordinaire de l’UGET tenu en 1988.

En effet, jamais depuis cette date les progressistes du pays n’ont pu rééditer l’exploit de se rassembler en si grand nombre et avec autant de ferveur militante. Certes, manquait à l’appel le parti socialiste de Mohamed Kilani et le mouvement Ettajdid mais ces deux derniers semblent avoir plutôt opté pour un rapprochement avec le Joumhouri et Nida Tounes.

De ce meeting, trois choses sont à retenir ; tout d’abord, et comme il fallait s’y attendre, le Palais des Congrès s’est révélé exigu pour contenir la formidable masse humaine venue tôt le matin participer à ce grand moment de communion. Ensuite les slogans affichés ou scandés ici ou là ne laissaient planer aucun doute sur l’identité de ce front et principalement son ancrage à gauche, enfin un constat, celui de la démarcation sans équivoque du front avec Nida Tounes et Ennahdha.

En résumé, le Front Populaire commence par renvoyer dos à dos les deux conservatismes existants ( l’un à visage religieux et l’autre à visage moderniste, mais d’essence despotique ) pour se positionner en force politique qui veut à la fois préserver la révolution de tous les risques d’un retour en arrière tout en travaillant à faire triompher les idéaux principalement ceux de la dignité et de la liberté .

Une fois le défilé des interventions des composantes du front terminé (remarquons au passage que Chokri Belaid et Abdelnaceur Laouini ont été à l’applaudimètre les rois incontestés du meeting), Hama Hamami a pris la parole pour faire une synthèse générale de ce que sera l’action, la démarche et les objectifs de ce front.

L’intervention de ce dernier vraisemblablement mal préparée a été un ratage intégral. Multipliant les digressions et les généralités, son speech a fini par sombrer dans un grand flou programmatique, chose qui ne manquera pas certainement de faire « jaser » la concurrence et de renforcer l’accusation récurrente et tenace du discours populiste.

Hormis cette grosse fausse note, la grande messe Populaire et militante de ce dimanche nous a permis de mieux cerner les contours d’un paysage politique tunisien en perpétuel mouvement. Par l émergence du Front Populaire, le scénario d’un duel Nida-Ennahdha semble avoir définitivement capoté. Ainsi, si l’on juge par la formidable ferveur militante d’hier, le nombre de femmes et de jeunes présents, on peut affirmer sans grand risque que c’est plutôt bien parti pour le front Populaire … et pour une nouvelle distribution des cartes… sauf si par malheur, la division et les querelles de chefs ressurgissent à nouveau pour refaire basculer la gauche dans sa condition d’armée mexicaine

Commentaires:

Commentez...