MAE : Des nominations qui font polémique

La liste des chefs de postes diplomatiques et consulaires, dont les médias ont reproduit les détails, n’est pas passée inaperçue, suscitant multiples commentaires plus ou moins acides. Il semble que divers groupes de pression ont pesé de leur poids pour que la liste soit établie sous cette forme plutôt délétère et composée de noms dont certains font couler beaucoup d’encre.

Pourtant, les décideurs ont pris tout leur temps pour se consulter et convenir de la bonne formule. De mémoire de diplomates, jamais un tel retard n’a été enregistré dans l’annonce du mouvement des chefs de postes diplomatiques et consulaires. Est-ce bien la peine de mettre tout ce temps pour pondre une aussi pâle et fumeuse copie ?

Premier constat : Aucune femme n’est désignée ambassadeur (il y a eu trois nommées, deux en tant que Chargées d’Affaires (Helsinki et Stockholm) et une en tant que Consul (Munich), on dirait que le ministère accuse un grave tarissement des compétences féminines. En tout cas, c’est à l’image du nouvel environnement sociopolitique tunisien où la femme est reléguée et dégradée sur de nombreux plans.

Deuxième constat : Les ambassadeurs de Ben Ali sont encore là. Il y en a même qui a été quatre fois ambassadeur sous la dictature déchue, comme Khaled Zitouni (compétence mise à part). Mais paradoxalement, la Troïka leur a renouvelé sa confiance pour représenter de nouveau la Tunisie, celle de la révolution, montrant, si besoin est, que la Troïka traine le pied pour rompre avec l’ancien régime.

Troisième constat : À l’instar des autres départements, le passage de témoins n’est qu’une vue de l’esprit ou un vœu pieux. La Troïka a nommé en qualité d’ambassadeurs des diplomates à la veille de leur retraite, coupant l’herbe sous les pieds des plus jeunes. Comme ailleurs, le relais ne passe pas, alors que les chefs d’État et de Gouvernement n’arrêtent pas de nous rabattre les oreilles sur leur volonté de donner leur chance aux jeunes.

Quatrième constat : La Troïka s’est mise toute seule dans de beaux draps et ouvert sur elle les portes de l’enfer en nommant ambassadeurs des diplomates, certes de carrière et plutôt méritants, mais dont les ailes sont plombées par leur lien parental direct avec des hauts hommes d’État tunisiens. Bien sûr, le lien parental ne peut constituer un frein pour la carrière, mais dans le contexte actuel tunisien, la Troïka aurait pu faire l’économie d’une telle controverse. Hichem Marzouki, frère du Président de la République Moncef Marzouki, nommé Consul Général à Bonn, Slim Ben Jafaar, cousin de Mustapha Ben Jafaar, président de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), nommé ambassadeur à Varsovie, Zohra Ladgham, sœur d’Aderrahman Ladgham, ministre chargé de la lutte contre la corruption et de la gouvernance, nommée Chargé d’Affaires à Helsinki. Des nominations vraisemblablement justifiées, mais non moins maladroites et polémiques.

Outre ces constats, d’aucuns s’étonnent que figurent dans la liste des noms étroitement liés au RCD et au régime déchu (ambassadeurs de Ben Ali, lauréats de l’Académie du RCD, bénéficiaires de lot de terrain aux Jardins du Lac…). Comme quoi, le CPR initie des projets de loi à l’ANC pour exclure les RCDéistes de la vie politique et, en même temps, Moncef Marzouki, fondateur et président du CPR, nomme des RCDéistes à de hauts postes diplomatiques.
Allez comprendre quelque chose !!

Cerise sur le gâteau, et là c’est le comble de l’ineptie, deux noms ont été nommés alors que leur dossier est chargé de graves faits et de lourdes affaires de mœurs, étant coupables de viol, poursuivis judiciairement dans le pays d’accréditation et renvoyés immédiatement à Tunis. Comment accorde-t-on à ce genre de personnes la possibilité de représenter de nouveau la Tunisie à l’étranger. Les réseaux sociaux et les organes de presse en font des gorges chaudes, confirmant, si besoin est, que les pratiques de clientélisme, de favoritisme et de passe-droit ainsi que le lobby partisan, familial et régional n’ont pas cessé en Tunisie, contrairement aux prétentions de la Troïka au pouvoir.

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