Affaire de « Chrab » ou problème avec « Chourabi » ?

Cette information aurait pu passer pour un banal fait divers si l’on ne connaissait pas l’identité de la personne et son passé militant pour la liberté d’expression et les droits de l’Homme mais aussi en raison des circonstances floues de son arrestation qui suscitent beaucoup d’interrogations. Selon l’information recueillie par le site Tekiano, le journaliste Sofiène Chourabi, lauréat du prix de la liberté d’expression OMAR OUARTILENE pour l’année 2011 et l’une des figures de l’opposition, qui a dénoncé la dictature sous Benali et milité pour la liberté de la presse, a été arrêté ce matin à 4H30 sur une plage à Kelibia (El Mansoura) sous le motif de consommation d’alcool, en compagnie d’un autre journaliste Mohamed Yassine Jelassi qui est accusé des mêmes faits et d’une jeune fille. D’après l’agent qui était de service au poste de police où il a été conduit, l’arrestation a eu lieu suite à une information émanant d’un indicateur, ajoute la même source. Ses parents, ses amis et plusieurs journalistes qui le connaissent n’ont été mis au courant de son arrestation qu’après plusieurs heures de recherche.

A priori, la consommation d’alcool sur la voie publique, qu’il s’agisse de la rue ou d’une plage, constitue un délit au sens de la loi pénale. Dans la jurisprudence, les juges ont eu toujours tendance à assimiler cet acte à une atteinte à la morale publique. Mais dans la pratique, les autorités sont tolérantes lorsque l’acte n’est pas suivi de trouble à la sécurité publique, ce qui n’était manifestement pas le cas des deux prévenus se trouvant sur une plage déserte et à l’aube, de surcroît.

Les circonstances dans lesquelles le journaliste a été arrêté sont pour le moins louches. En effet, l’interdiction de la consommation de l’alcool sur la voie publique n’est pas limitée au mois de ramadan. Elle s’impose tout au long de l’année, en tous lieux et en toutes circonstances. Précisément sur la plage d’El Mansoura, les consommateurs d’alcool s’affichent nuit et jour sans être inquiétés par les autorités. Le fait de s’y adonner en dehors du mois de ramadan constitue tout autant une atteinte à la morale publique et l’on ne comprend donc pas pourquoi l’indicateur ne s’en est soucié que cette fois-ci et la police n’a réagi que suite à cette délation.

Il s’agit en effet d’un indicateur qui a rapporté l’information à la police et non d’un citoyen qui a déposé une plainte ce qui en dit long sur les mobiles et les intentions. Le fait que l’événement se soit produit très tôt le matin laisse envisager que le journaliste Sofiène Chourabi était surveillé de près par cet indicateur.
Ceci a d’ailleurs été rapporté par un de ses amis sur Twitter :

Sofiène Chourabi pourrait ainsi avoir été victime de ses prises de position fermes et violentes à l’encontre du gouvernement et du parti au pouvoir Ennahdha. Il y a quelques jours, sur Twitter, il appelait à “enregistrer les noms des membres d’Ennahdha et (de les) garder pour qu’ils soient jugés pour leur coup d’état contre les objectifs de la Révolution”.

L’arrestation de Sofiène Chourabi pourrait également être perçue dans le cadre d’une campagne lancée par des islamistes radicaux qui n’hésitent pas à faire pression sur le gouvernement pour la fermeture de plusieurs établissements pendant le mois de ramadan et de débits d’alcool il y a quelques semaines.
Les deux prévenus sont actuellement au poste de police de Menzel Témime où ils passeront la nuit. Ils seront entendus demain, lundi 6 Août, au tribunal de première instance de Nabeul.

(Mise à jour @16:30) : Son avocat a déclaré à la Tap que Chourabi est accusé d’état d’ivesse sur la voie publique, de trouble à l’ordre public et d’atteinte à la morale.

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