Béji Caied Essebsi et la naissance du mouvement «L’appel de la Tunisie» : entre pressions et consensus !

L’annonce de la naissance du Mouvement « L’appel de la Tunisie » s’est faite hier au Palais des Congrès de Tunis par son initiateur, Béji Caied Essebsi.

L’ancien ministre de Bourguiba et ancien premier ministre de la période de transition, qui a permis la tenue d’élections libres pour la première fois de l’histoire politique contemporaine de notre pays, est apparu pimpant et frais comme un gardon dans une salle archicomble et enthousiaste.

Il a commencé son discours par revenir aux derniers événements violents qui ont secoué le pays, les considérant d’une gravité extrême surtout qu’ils « ont visé les symboles de l’Etat comme les postes de police, ceux de la garde nationale ou les tribunaux. » Ce qui est encore plus grave, c’est l’interprétation qui en a été faite par les gouvernants actuels qui l’ont ramené à une profanation du sacré. Béji Caied Essebsi a tonné « on ne peut s’attaquer au sacré dans notre pays. Le peuple tunisien est musulman et il n’a besoin de personne pour se poser en son tuteur religieux. »

Il a souligné que les causes véritables ne se situent pas dans l’exposition d’un tableau, qui se trouvait au Sénégal, mais « de groupes qui renient notre pays, notre Etat, notre drapeau, notre hymne national, et refusent notre mode de vie consacré par le peuple tunisien depuis plus de cinquante ans. » Il a terminé sa répartie en affirmant « un peuple sans création, n’a pas de vie ! »

Béji Caied Essebsi a mis sur la balance la légitimité des gouvernants en disant que ces derniers « sont certes légitimes par le biais des élections mais ils doivent démontrer, dans leur gestion quotidienne des affaires de l’Etat, qu’ils sont aptes à gouverner. Leur légitimité, ils la tirent aussi de leur capacité à assurer la sécurité des personnes et des biens, et l’Etat doit opposer sa violence à celle des groupes violents. »

Il revient ensuite au couvre feu pour dire qu’il a porté un sacré coup à l’économie nationale et surtout au tourisme qui vit une véritable détresse.

L’ancien premier ministre poursuit son analyse de la situation actuelle en affirmant « le parti au pouvoir actuel ne peut pas gouverner seul. Il doit accepter de coopérer avec les autres, accepter l’avis contraire, accepter de faire face à la violence et de créer un terrain favorable pour la consécration du consensus avec les forces politiques, économiques et sociales et notamment l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens. » Là, il a rappelé que la révolution tunisienne n’a été faite par aucun parti politique, aucun leader et n’avait aucun fondement religieux ni idéologique, alors que l’UGTT y a activement participé.
Béji Caied Essebsi a précisé que l’on « croyait que la révolution tunisienne allait dans le bon sens et que ceux qui ont remporté les élections allaient continuer dans cette voie de la démocratisation. Mais ce ne fut pas le cas, et ils n’ont pas respecté leur propre engagement d’achever les travaux de la Constituante et d’organiser des élections dans une période d’une année. Or, huit mois se sont déjà écoulés et on ne voit rien venir. Ni loi électorale, ni institution indépendante pour chapeauter les élections n’ont encore vu le jour ! Nous ne voulons plus revenir au parti unique ou au parti dominant, et je dois dire qu’aujourd’hui, la Tunisie est sous l’emprise d’un parti dominant. Nous allons exercer la pression légale et nécessaire pour que les gouvernants actuels respectent leur engagement.»

Dans cet esprit, et pour « créer un équilibre dans le paysage politique tunisien, nous avons pris cette initiative de créer ce mouvement « Appel de la Tunisie », un équilibre qui est la condition sine qua non pour garantir l’alternance au pouvoir. Nous sommes ouverts à tous les partis y compris les Destouriens et même Ennahdha avec cette condition de s’engager à respecter les principes suivants :
– Croire en l’Etat tunisien en tant qu’institution au dessus des partis politiques,
– Maintenir l’article 1er de la Constitution du 1er Juin 1959,
– Maintenir le drapeau et l’hymne nationaux,
– Préserver les acquis modernes de l’Etat et de la société tunisienne, et principalement le Code du Statut Personnel,
– Consacrer la démocratie selon les standards internationaux,
– La Tunisie est pour tous,
– La Justice sociale qui est un droit pour tous les Tunisiens,
– Le refus de la violence et l’application de la violence légitime de l’Etat,
– Pas d’exclusion.

Il a terminé son allocution en tirant la sonnette d’alarme disant « aujourd’hui, la Tunisie est dans une situation difficile et même délicate sur tous les plans économique, politique et social. Le gouvernement ne semble pas capable de changer les choses. Or, la Tunisie ne peut pas attendre, et là il faudra revenir à la légitimité du consensus tel qu’on l’a appliqué lorsque nous étions au gouvernement. Je lance un appel à tout le monde pour réussir à imposer la bonne gouvernance.»

Voilà l’essentiel de ce fameux discours fondateur de Béji Caied Essebsi qui a fait un cruel constat, celui de l’incapacité du gouvernement et des gouvernants actuels à diriger seuls le pays. La solution réside dans le consensus qui doit caractériser
cette seconde période transitoire par laquelle passe notre pays.
Cet appel sera-t-il entendu ?

Difficile lorsqu’on connaît la position des Islamistes à l’égard de Béji Caied Essebsi qui n’ont pas cessé de l’attaquer et de le considérer comme un résidu du parti destourien.

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