Hamadi Jebali : la dégradation de la situation économique réjouit ‘certains’, mais il compte sur l’intelligence des Tunisiens

Lors de la rencontre avec le premier ministre provisoire, diffusée hier en différé sur la chaîne de TV nationale, le volet économique et social a été axé sur la situation du pays surtout après la dégradation de la note souveraine attribuée par l’agence Standard and Poor’s et les tensions sociales qui ont connu, ces derniers temps, une recrudescence avec les arrêts de travail et les menaces de grèves qui se sont multipliées.

Certains se sont réjouis de la dégradation de la note au lieu d’aider à trouver des solutions
Evoquant cet événement qui a préoccupé la classe politique de différentes manières et qui a été au centre des débats dans les milieux de la finance et des affaires, Hamadi Jebali a débuté son commentaire par un rappel du fondement et de la démarche en matière de rating. Il a expliqué que la note souveraine attribuée par l’agence de rating traduit une capacité d’endettement et représente pour les investisseurs et les bailleurs de fonds un indicateur de taille déterminant leur position vis-à-vis du pays concerné. Celle qui vient d’être décernée à la Tunisie s’est basée sur des données et une conjoncture qui remontent au mois d’avril 2011. À cette époque, le taux de croissance était négatif et la situation était floue sur différents plans. De ce fait, la dégradation de la note souveraine s’attache à un contexte post –révolutionnaire qui était prévisible et s’explique par le relâchement sécuritaire, le mauvais comportement des acteurs économiques et l’inadéquation de la gouvernance dans certains secteurs clefs, à l’instar de celui des banques qui n’a pas su s’adapter aux exigences de la phase transitoire.

En conséquence, la dégradation de la note ne doit pas servir de paramètre pour évaluer l’action du gouvernement en place et pourtant certains se sont réjouis et ont appelé à la reconstitution du gouvernement, lequel n’était pas aux commandes en avril 2011 lors de l’examen de la situation économique du pays par l’agence.

Actuellement, les données ne sont plus les mêmes et l’agence doit revoir son appréciation en tenant compte d’un taux de croissance de 4,8% au premier trimestre 2012 et de la reprise des activités économiques dans la plupart des secteurs dont, cite-t-il, l’agriculture, les industries manufacturières et le secteur des services.

« Comment le Tunisien peut-il croire à ces chiffres face à la cherté de la vie ? »
En réponse à cette question, et tout en répétant plusieurs fois « le Tunnisien est intelligent », il a indiqué que ces chiffres sont communiqués par l’Institut supérieur des statistiques et qu’il serait tendancieux de les remettre en cause. Quant à l’augmentation du coût de la vie, il a précisé que plusieurs facteurs sont derrière ce phénomène parmi lesquels il a mis l’accent sur la contrebande qui sévit malgré la vigilance des autorités, l’existence de réseaux de distribution mafieux et l’insuffisance du contrôle des prix. Il a ajouté que le consommateur assumait une part de responsabilité en délaissant son droit à comparer les prix et en acceptant de s’approvisionner auprès des commerçants qui pratiquent des prix illicites.

Le gouvernement n’a jamais appelé à une année blanche
À propos des revendications sociales qui ont suscité des tensions et des mouvements de grève, le premier ministre a affirmé qu’il n’a jamais proposé au Syndicat une année sans augmentation de salaire pour prétendre qu’il est revenu sur sa position sous la pression sociale. Tout au plus, il a invité le syndicat à négocier les priorités compte tenu des possibilités de l’État et de l’urgence des besoins pour les démunis et les sans emploi, au profit desquels il est prévu une enveloppe budgétaire de 6.400 millions de dinars affectée au développement régional et une allocation de 515 millions de dinars destinée à la création d’emplois.

Par rapport à ces urgences, les augmentations salariales revendiquées, bien que largement justifiées, seront discutées en second plan, en fonction des disponibilités et des moyens.

Le premier ministre n’a pas précisé s’il y aura ou non augmentation des salaires, mais en cas d’insuffisance des disponibilités et des moyens, l’hypothèse d’une année blanche n’est pas exclue.

Les membres du gouvernement ont décidé de réduire leurs salaires
À la question relative à l’augmentation des salaires des députés, à l’indemnisation des anciens prisonniers politiques et à la charge onéreuse occasionnée par l’emploi de 80 ministres et conseillers dans le gouvernement, Hamadi Jebali a reconnu l’aberration de la décision d’augmenter les émoluments de 900 dinars au moment où une majoration de 20 dinars est refusée aux petits salariés. Il a affirmé qu’il ne signerait pas cette décision et que de toutes les façons, les députés relevants du groupe Ennahdha et d’autres partis ont renoncé à l’augmentation de leur salaire.

Ce renoncement peut être expliqué par une prise de conscience de la part de la majorité des députés qui ont pourtant voté le projet au cours d’une séance sécrète et l’ont défendu sur les médias ( voir notre article « Les députés seront payés 2700 dinars + 1500 dinars de prime !« ). Mais pour plusieurs, cette « prise de conscience » est la conséquence de la réaction d’indignation des Tunisiens.

Hamadi Jebali a annoncé dans le même ordre d’idées que lui et ses coéquipiers parmi les ministres et les conseillers ont décidé de réduire leurs salaires. Au fait, cette décision correspond à un engagement pris par eux dès l’investiture du gouvernement en décembre 2011.

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