Avec 4.600 D par mois, 2 voitures, 2 chauffeurs et 2 aides ménagères, Mme la ministre a du mal à joindre les 2 bouts !

Sihem BADI, ministre de la femme, de l’enfance et des personnes âgées, a été l’invitée de l’émission « saraha raha », présentée hier soir sur Hannibal TV. L’animateur de l’émission, le journaliste Samir El WAFI, lui a posé des questions délicates sur son passé militant, ses relations avec ses collègues dans le gouvernement, ses gestes spectaculaires et sa situation personnelle. De toutes les questions posées, celle à laquelle elle a répondu directement et sans détour, comme si elle voulait transmettre un message clair à l’opinion publique, concerne le revenu et les avantages du ministre dans le gouvernement de Jebali.

Rappelant ces avantages, le journaliste a fait état d’un salaire mensuel de 4.600 dinars, deux voitures de fonction avec chauffeurs, 500 litres de bons d’essence et deux aides ménagères. Aux dires du journaliste, le total des émoluments servis aux membres du gouvernement est une lourde charge pour la collectivité.

Sans fournir de détails, la ministre s’est contentée de dire que ces émoluments ne sont pas ceux qui viennent d’être indiqués dans l’énoncé de la question avant d’ajouter que les accepter représente un sacrifice de la part des ministres qui ont renoncé à une situation meilleure pour se mettre au service du peuple tunisien. Ces derniers habitués à gagner 5 à 6 fois plus ont des difficultés à joindre les deux bouts, poursuit-elle!

Pour ne citer que son cas, elle a fait savoir que son activité à Paris en tant que médecin de libres pratiques ne lui rapporte plus que 20 % de ce qu’elle avait l’habitude de gagner, que les loyers sont très chers à Tunis et que le coût d’inscription de ses trois enfants dans une école française est énorme.

Cette déclaration venant d’une militante qui a eu le courage de tenir tête à la dictature et qui était forcée de se réfugier à l’étranger ne peut que choquer. Elle est choquante parce que malgré le niveau de ces émoluments jugé très élevé au regard des moyens du pays, Mme la ministre les trouve insuffisants par rapport à un train de vie antérieure et à l’importance de la mission gouvernementale. Elle considère, en outre, qu’un ministre doit être bien rémunéré pour préserver l’image de l’État. Comme quoi, l’État ne peut être respecté que lorsque ses ministres sont bien payés.

Pourtant, au moment de la formation du gouvernement on nous a annoncé que les nouveaux ministres allaient donner un très bel exemple de civisme en renonçant à une grande partie de leurs salaires en faveur du Trésor de l’État. Seulement avec un niveau de salaire aussi élevé, on n’a pas l’impression qu’ils ont fait des sacrifices à moins qu’ils s’attendent à beaucoup mieux. Dans ce cas, on les conseille de jeter un coup d’œil sur les grilles de salaires en vigueur pour se rendre à l’évidence et comprendre le sens des revendications sociales plutôt que de jeter des accusations gratuites.

En effet, pour le cadre supérieur qui peine à gravir les échelons, le Tunisien moyen qui doit s’endetter pour affronter la cherté de la vie, le Smigard qui ne mange pas comme tout le monde et le chômeur en quête de miettes pour vivoter, ce que touche un ministre est un salaire de pacha. Ils ne rêvent pas de toucher autant, car ils sont réalistes, mais offrir une source de revenus à ceux qui n’en ont pas, accorder une petite augmentation de salaire à ceux qui sont sous-payés et garantir un minimum de dignité aux délaissés n’est pas un luxe.

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