Opinion – À qui profite le crime de… Ali Larayedh?

La société civile, l’opposition, les médias… ont donc un ennemi à abattre : Ali Larayedh.
Ce serait de la redondance improductive de s’appesantir encore une fois sur le déroulement des événements du 9 avril courant, tant les médias et les réseaux sociaux, se sont donné le mot, les phrases et les épithètes, en tombant à bras raccourcis sur Ali Larayedh. Même la presse étrangère ne s’est pas gênée d’en faire le bourreau de la jeunesse post-révolutionnaire.
Le 26 décembre 2011, Monsieur Ali Larayedh est nommé ministre de l’Intérieur. Le 18 janvier 2012, presque un mois après, il doit affronter un scandale de taille : une vidéo choquante et dégradante, qui sous d‘autres cieux, aurait mis fin à sa carrière.

Les affaires, dont M. le Ministre est le point de mire et le bouc émissaire par excellence, se succèdent et ne se ressemblent pas : l’Université de Manouba ou Sejnane qui ont été pris en otage par les salafistes, la confrontation armée de Bir Ali Ben Khalifa. Les barbus sans têtes, sans-patrie, qui ont agressé des journalistes, des professeurs et profané le Drapeau tunisien à maintes reprises, demeurent pour la plupart impunis. Au pire des cas, ils seront relâchés après avoir comparu devant une justice qui ne jouit d’aucune indépendance, à part celle d’écouter son maître, Ennahda au pouvoir.

Aujourd’hui encore, il est investi d’une nouvelle mission, oh ! combien populaire chez les Tunisiens. Un titre que vous n’avez pas demandé, mais M. Jbali vous fait cet honneur insigne : vous êtes désormais le policier du web !

Inutile de brosser le parcours du ministre de l’Intérieur, car presque tous les lecteurs le connaissent. Malgré tout, deux vidéos sont passées presque inaperçues, lors des derniers matraquages au propre et au figuré du 9 avril dernier.

La première vidéo se déroule à l’ANC. Ali Larayedh n’a pu retenir ses larmes au moment où l’un des élus de l’ANC, lui rappela son long et douloureux combat. On vit alors un homme accablé, sans pouvoir se défendre, sans pouvoir accuser, sans pouvoir vraiment s’expliquer… Serait-ce les larmes d’un homme d’honneur qui se sacrifie, sans ciller, pour son parti ?…

La seconde vidéo et non des moindres est celle de Samir Taïeb, élu à l’ANC, membre du mouvement Ettajdid, rattaché au Pôle démocratique moderniste. Il affirme que certains officiers du Ministère de l’Intérieur ont reconnu que la chaîne de commandement a changé et que ce n’est plus la même. D’autant plus, qu’ils reçoivent les ordres, hors des forces de sécurité et hors des régions !

Depuis qu’Enahdha a pris les rênes du pouvoir, nous nous embourbons dans un imbroglio politique sans fin, qui fait les gros titres des incompétences notoires du gouvernement.

M. Jbali et M. Gannouchi, ne figurent presque jamais dans le panorama médiatique tunisien. Pourtant, au vu de ce qui se passe, on n’est pas loin de tirer les conclusions qui s’imposent : ce sont eux qui tirent les ficelles dans l’ombre. C’est par l’entremise de leurs pions sur l’échiquier tunisien qu’ils donnent les ordres, font et défont les lois, affirment et infirment, avancent et rétrogradent, etc. Quand la grogne populaire leur fait écho.

Dans ce contexte, il est à préciser que la troïka n’est qu’un mot, inventé pour sceller le pouvoir du parti unique et servir de dérivatifs politiques, sans plus. Les attaques frontales doivent être escamotées pour donner l’illusion d’une certaine démocratie se prévalant d’une hypothétique légitimité.
De tous les opposants politiques de Ben Ali et précisément ceux d’Ennahdha, des milliers de vidéos similaires doivent exister, à l’instar de celle qui a été mise en ligne touchant l’intégrité de M. Larayedh. Pourtant, c’est la seule qui a fait surface !

Sans compter toutes les affaires sans fin qui secouent le Ministère de l’Intérieur et qui semblent parfois excessivement latitudinaires, quand les salafistes jouissent d’une impunité insultante, ou, à l’inverse, excessivement offensives et offensantes
des droits les plus prosaïques, en usant de la force armée face à des slogans désarmés.

M. Larayedh, vous semblez être un pion, aux mains d’un stratège qui fait de vous, une victime un jour, un bourreau, le lendemain,. Pourquoi ? L’amour de votre parti est-il plus fort que votre amour propre ? Mérite-t-il autant d’honneur ?

Force est de constater que dans ce chaos politique et civil, fleurit à l’ombre l’une des plus machiavéliques stratégies, se dépliant dans un patchwork coloré, jetant du grain à moudre aux moulins à vent, les très médiatiques opposants, usant de la liberté d’expression. Ils s’insurgent, se battent dans une joute verbale sans fin pour une loi, un droit. Mais la réalité peut être autre. Ennahdha tisse ses fils dans les coulisses absconses de la politique et au-delà de nos frontières.

Le Gambit au jeu d’échec est un coup particulier. Il s’agit de sacrifier une pièce importante en vue d’un gain majeur garantissant la victoire finale. Nul doute que la pièce majeure est Ali Larayedh.

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