Opinion – Ma journée du 9 avril

Malgré ma participation à plusieurs manifestations et marches, celle d’hier m’a particulièrement marqué. A-t-elle été la plus marquante vu que c’est la plus récente, ou l’a-t-elle été parce qu’on s’attendait tout simplement pas à un tel degré de violence ? …
Pourtant ce Lundi 9 Avril, tout avait l’air de bien commencer …

Les « habitués » au rendez-vous
À 10h à la place des droits de l’homme, l’ambiance était bon enfant une ambiance aux retrouvailles, il manquait presque des accolades … Des visages familiers, souriants pour la plupart. Beaucoup se sont connus dans les différentes marches auxquelles nous avons eu droit depuis un moment.
Il y avait de tout, des blogueurs connus, des hommes et femmes politiques aux parfaits inconnus. On rigolait presque de la faible présence de la police à 10h, on se disait « ignorés » …
Certains accrochés à leurs smartphones et leurs comptes Twitter, parlaient de « levée des barrières à l’Avenue Habib Bourguiba » et que plusieurs manifestants se sont dirigés directement face au ministère de l’Intérieur.

Entre-temps, à 10H aussi …
Le mot d’ordre sur la plupart des réseaux hier soir était clair : rassemblement à 10h à la place des droits de l’homme et départ 11h vers l’avenue Habib Bourguiba … Il n’en fut rien. Suite aux tweets parlant de levée des barrières, le réseau Doustourna et d’autres manifestants ont pris l’initiative de partir directement sur l’avenue Habib Bourguiba dès 10h.
Ils furent chargés par la police dès leur arrivée. Quasiment en même temps, d’autres manifestants furent empêchés d’entrer à ladite avenue du côté de la cathédrale et de la rue de Marseille. La police n’a pas hésité à jeter excessivement du gaz lacrymogène et à tabasser les manifestants tout en opérant des arrestations.

BOP, civils, et les autres …
La police chargeait certes les manifestants, certains policiers en civil aussi étaient là, mais aussi et surtout d’autres inconnus … Certains barbus d’autres non, ils venaient accuser les manifestants de conspirationnistes, de RCD (prononcé « arcidi ») et s’en prenaient particulièrement aux icônes politiques, aux personnes connues mais aussi et surtout aux femmes.
Armés de bâtons ou de pierres, au meilleur des cas, ils vous agressaient verbalement …
Le plus étonnant c’est que ces personnes étaient avec la police et souvent derrière eux, ils les regardaient jeter des pierres alors qu’ils lançaient leurs gaz nocifs.

Retour à l’avenue Mohamed V
À 11h, les militants du parti Ettajdid rejoignent la manifestation et font part de la répression à laquelle ils ont eu droit en sortant de leur local de l’avenue de la liberté par la police et certains « citoyens ». Les élus de la constituante n’ont pas dérogé à la règle …
La foule réunie comme convenu depuis 10h, se dirige vers l’horloge de la place du 14 Janvier en empruntant l’avenue Mohamed V. Plusieurs visages connus y figurent notamment Hamma El Hammemi, Radhia Nasraoui, Ibrahim el Gassas, Emna Mnif, Jawher Ben Mbarek et beaucoup d’autres … La plupart des militants de Doustourna, Jawher Ben Mbarek en tête, qui ont pu s’échapper de la souricière tendue par les forces de l’ordre sont revenus à la place des droits de l’homme et étalaient leurs aventures mettant l’accent sur le degré de violence inouïe.
La foule ne tardera pas à gouter à l’amère brutalité de la police et de la garde nationale, la « première » répression eut lieu devant le siège du RCD (tout un symbole …) à coups de gaz lacrymogène et de matraques.
Les personnes qui tombaient par terre en fuyant furent violemment tabassées et beaucoup de blessés jonchés le sol.
Des groupes se formèrent alors, tentant d’accéder à l’Avenue Habib Bourguiba à travers rue de Rome, rue de Paris, rue de Marseille, Jean Jaurès et Mohamed V, mais la police était déployée partout. Et à l’aide de quelques barbus (qui étaient là pour les aider, surtout pour le tabassage des femmes), de gaz lacrymogène et beaucoup de violence, ils réussirent à repousser tant bien que mal les manifestants … Encore une fois, la dispersion eue raison des manifestants, mais les affrontements continuaient même tard l’après midi.

Des insultes entre la police et l’armée
Certains manifestants prirent la fuite et se réfugièrent, dans le local du RCD, gardé par l’armée nationale. L’armée a pris leur défense et empêché la police de les pourchasser dans le local, la plupart étaient des femmes et des vieilles personnes … Les policiers n’ont pas apprécié et ont commencé à jeter des injures aux militaires.
Les réfugiés furent par la suite conviés à quitter les lieux, les militaires voulant éviter tout problème avec la police.

Le barbu en voiture de location
Un véritable Kamikaze (signification vent divin en Japonais) se leva et ramena les nuages de gaz en direction de ces « bagas », obligeant la police à se replier.
Le recul des forces d’oppression laissa entrevoir des citoyens par terre en train de se faire rouer de coup, mais aussi quelques personnes à ras le sol.
Une voiture de type Symbol avança vers l’avenue Mohamed V, un groupe de jeune l’arrêta appelant son aide pour partir au secours d’une dame étendue par terre, ce dernier barbu, regarda les jeunes d’un air mesquin et poussa un rire ironique avant de démarrer sur les chapeaux de roues …

Les barbus à coup de pierres, les marchants à la sauvette à coup d’insultes
Les personnes qui ont pris l’initiative de fuir vers l’avenue de la liberté et en direction du passage ont été farouchement agressées par les barbus près de la mosquée Al Fath.
L’un d’eux n’a pas hésité à jeter une pierre en direction d’une jeune femme qui fut atteinte au niveau de sa poitrine avant de s’évanouir complètement.
Les femmes et surtout les filles ont été prises à partie, insultées et malmenées par ces barbus. Un marchand de kaki, situé au niveau de la station de métro, prenait un malin plaisir à traiter de tous les noms toutes filles qui lui semblaient s’être échappées de la marche.

Silence ! On tabasse …
La police, après avoir repoussé la foule, a arrêté des photographes, amateurs comme professionnels, confisquant les cartes mémoire ou visionnant tout simplement le contenu des photos pour effacer celles qui ne leur plaisaient pas … Ceci était le geste le plus « gentil », dans d’autres cas, certains photographes étaient arrêtés et les appareils confisqués ou détruits instantanément.
Les policiers en civil paraissaient avoir des directives particulières, vu qu’ils se dirigeaient vers toute personne filmant une scène de lynchage et les pourchassaient pour les arrêter.

On est tous égaux devant la matraque
S’il y a bien une chose qu’on pouvait retenir de la journée d’aujourd’hui c’est bien celle-là, aux yeux de nos oppresseurs on était tous égaux : femmes, enfants, vieilles personnes, jeunes, étudiants, chômeurs, élus du peuple, élu de la fac, journalistes professionnels, journalistes citoyens, blogueurs, photographes … tunisiens …

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