Des ex-RCD en quête de réhabilitation réclament l’abandon de l’article 15 de la loi électorale

Comme s’ils n’attendaient que ça, des ex-RCD ont réagi en bloc suite aux déclarations télévisées de Kamel Morjane qui a critiqué l’article 15 de la loi électorale. Cet article prévoit, en effet, l’inéligibilité aux élections des ex-responsables du RCD pendant les 10 dernières années qui ont précédé la révolution, les responsables dans le gouvernement de Benali durant la même période et ceux qui l’avaient exhorté pour un énième mandat. Le nombre des interdits se chiffre à des milliers parmi lesquels des personnalités politiques de premier ordre qui ont eu le tort d’avoir collaboré avec le dictateur et d’avoir été au service de sa politique de médiocrité.

À l’approche des prochaines élections présidentielles et /ou parlementaires, prévues pour le 20 mars 2013, les exclus et leurs partisans se sont manifestés dans l’espoir de se frayer un positionnement sur l’échiquier national. Ils ont fait jouer des arguments politiques et juridiques pour convaincre l’autorité provisoire et l’amener à supprimer ce fameux article qui les empêche d’exercer leur droit à l’éligibilité.

Maître Dhaou Chamekh, ex-RCD et membre du Parti « l’initiative » de Kamel Morjane, se considère toujours destourien malgré la nouvelle donne politique. Il s’est confié à nous pour expliquer le bien-fondé de la revendication et ses raisons.

Politiquement, Me Chamekh pense que l’exclusion ne se justifie plus. La responsabilité politique de ceux qui ont commis l’erreur d’être dans le parti de Benali, de garder le silence sur les abus et les dérapages, a été pleinement assumée lors de l’élection de l’assemblée constituante. Les mettre à l’écart était la bonne décision pour ne pas brouiller les cartes et ouvrir la voie à la contre-révolution à un moment très sensible.

Selon lui, continuer à ce jour, à les pénaliser alors que plusieurs d’entre eux n’etaient pas impliqués dans la corruption, la répression et la torture, s’apparente à un règlement de compte incompatible avec l’esprit et le but de la révolution.

Juridiquement, il précise qu’une sanction ne vaut que pour ceux qui ont fauté et ceux qui ont agi au détriment du peuple et de l’intérêt général. Ces derniers doivent être jugés par les tribunaux qui sont les seuls à les déchoir de leurs droits civiques. L’expérience en Afrique du Sud, au Chili et dans les nouveaux États de l’ex-URSS nous enseigne qu’il ne doit pas y avoir d’exclusion en démocratie.

D’un autre côté, il estime que la suppression de l’article 15 de la loi électorale est de nature à favoriser une meilleure qualité du débat politique en permettant à des personnalités qui ont fait leurs preuves d’entrer en compétition avec les autres acteurs de la scène politique.

Sans chercher à vérifier la pertinence de ces arguments et la légitimité de la demande, les partisans de l’inéligibilité ne sont pas prêts à céder du terrain à ceux qui étaient dans l’appareil de la dictature et dans le parti du dictateur. Ils n’ont peut-être rien à se reprocher, mais leur intégrité ne les exonère pas de leur responsabilité politique en s’alliant avec le pouvoir totalitaire.

Au-delà de ces responsabilités implicites, le profil des ex-RCD n’encourage pas à leur accorder la réhabilitation. Opportunistes, arrivistes et prêts à tout pour s’attirer la bénédiction des chefs du Parti et de l’État, ils n’ont aucun apport à ajouter dans le nouveau paysage politique sauf à perpétuer les pratiques scandaleuses d’autrefois.

De ce fait, maintenir l’article 15 de la loi électorale est une manière de préserver la qualité de l’engagement politique basé sur des choix et des obédiences réfléchis et non sur l’allégeance hypocrite qui vise à réaliser des intérêts immédiats.

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