La Chariaa dans la constitution : Essebsi favorable à un référendum, certains appréhendent un marché de dupes

Lors du meeting d’hier à Monastir, qui a réuni plus de 50 partis politiques et 500 associations de la société civile, Béji Caïd Essebsi a suggéré de soumettre la Chariaa à référendum. Il n’est pas le seul à proposer un référendum. Bon nombre d’islamistes sont favorables à la démarche, car ils sont sûrs que le peuple tunisien ne votera pas contre ses convictions religieuses et ses choix culturels.

Après plus d’un mois d’accalmie, la question est revenue à la surface lorsqu’on a commencé à parler d’un large consensus entre les députés autour du maintien de l’article 1er de la constitution de 1959. En une semaine, trois manifestations ont été organisées par des associations islamistes pour imposer l’insertion de la Chariaa dans la constitution en tant que source unique de la loi. Ce projet est aussi celui de plusieurs députés et partisans du mouvement Nahdha dont Habib Ellouze qui a la certitude qu’il sera approuvé par les 2/3 des députés et sera voté par 80 % des Tunisiens, en cas de soumission à la consultation populaire.

Seulement, ramener la consultation à un enjeu religieux ne peut que piéger l’électeur qui a eu à voter le 23 octobre pour des partis qui lui ont promis monts et merveilles et se sont engagés à respecter les principes de la république, de la liberté et de la démocratie. Après ces élections, les promesses se sont traduites par des discours accusateurs et impulsifs, des slogans contre la démocratie ont envahi les places publiques, les emblèmes de la république sont bafoués au vu et au su des autorités, la « mécréanisation » est devenue monnaie courante et des agresseurs au nom d’ALLAH sont en liberté.

De toute évidence, un référendum sur la question qui divise la classe politique ne peut être que la bonne solution à la condition que les règles du jeu soient respectées par les parties antagonistes. Ils doivent être loyaux et sincères et ce, aussi bien du côté des partisans du projet islamiste, dont une grande partie ne croit pas à la république et à la démocratie, que du côté des modernistes qui ont peur, non pas de l’islam en tant que religion de la clémence, de la paix et de la tolérance, mais de ceux qui étaient totalement absents de la scène avant le 14 janvier et qui sont apparus grâce à la révolution des jeunes, pour soi-disant faire appliquer la Chariaa.

Et tout d’abord, il est important de rappeler que la Chariaa ne doit pas se confondre à l’Islam. Elle n’est ni le Coran ni la Sunna pour la sacraliser. Elle représente une œuvre humaine qui correspond à une jurisprudence alimentée par les interprétations des jurisconsultes musulmans (OULEMAS EL FIKH). Ces interprétations diffèrent d’une doctrine à l’autre, d’une école à l’autre et d’un pays à l’autre. Celle qui est appliquée au Soudan n’est pas celle qui est en vigueur en Iran et celle qui est admise en Afghanistan n’est pas celle que cherchent à mettre en œuvre les salafistes qui se sont emparés du pouvoir au Mali. De ce fait, la question ne se rapporte pas à un débat sur l’identité, mais se rattache à des choix politiques.

Les partisans du projet islamiste doivent avoir le courage de révéler aux Tunisiens leurs intentions vis-à-vis des questions qui les préoccupent telles que la polygamie, la répudiation, l’application de la loi du talion… Ils doivent leur expliquer s’ils craignent pour l’avenir de l’Islam, qui malgré le colonialisme et les tentatives Kamelistes de Bourguiba, occupe la même place dans les cœurs et les esprits, ou s’ils ont l’intention de tout remettre en cause. A commencer par les libertés et les droits de l’homme, jusqu’en arriver à la forme du pouvoir, en imposant la KHILAFA, comme le soutiennent HIZB ATTAHRIR et les associations filiales qui gravitent autour.

En déclarant ouvertement et clairement leur attachement aux institutions charaïques qui remontent au moyen âge, le peuple dira son mot en toute clairvoyance et assumera la responsabilité de ses choix.

Mais entre nous, si leur seul et unique souci est de préserver la religion sans toucher aux acquis de la république ni entraver les objectifs de la révolution, la solution doit être cherchée ailleurs que dans le cadre de la loi fondamentale de l’État et des institutions politiques. L’insertion de la Chariaa dans la constitution en tant que source exclusive de la loi n’ajoutera pas grand-chose à leur souci et le maintien de l’article 1er de la constitution de 1959 ne sera pas non plus un obstacle. Rappelons qu’en vertu de cet article, l’islam est la religion de l’État.

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