Retrait d’Ettakatol de la Constituante en cas de projet islamiste : position inextricable, Lobna Jeribi !

Dans un débat télévisé présenté le 14 courant sur la 2e chaîne nationale au sujet des enjeux de la nouvelle constitution, Lobna Jeribi, députée Ettakatol, a annoncé le retrait des membres de son Parti de l’Assemblée nationale constituante en cas de présentation d’un projet islamiste. Elle n’a pas précisé si sa déclaration traduit une position officielle du parti ou reflète un point de vue personnel. Mais nonobstant ce qu’elle représente, la position annoncée est inextricable. Son infaisabilité ne s’attache pas à la faculté de démission qui appartient à tout député et à tout groupe parlementaire. Elle réside plutôt dans l’impact qu’elle peut susciter par rapport au but recherché.

En effet, si le but recherché est de barrer la route à la mise en place d’une constitution qui limiterait le fondement de la loi à la Charia et prévoirait l’institution d’un organe supra-constitutionnel pour garantir son respect, l’on ne voit pas comment un éventuel retrait des députés Ettakatol pourrait contribuer à atteindre cet objectif. À la limite, il peut être une menace ou une pression politique.

Dans la première hypothèse, la menace de retrait censée intervenir avant le vote du projet ne sera d’aucun poids au niveau du quorum et de la majorité requise. Avec seulement 20 sièges, cette menace ne peut pas contrecarrer le projet. Seule l’adoption d’une position similaire par le CPR et les autres groupes parlementaires pourrait aboutir à la finalité escomptée. Or, certains députés représentant Al Aridha, qui dispose de 26 sièges, sont favorables au projet islamiste. À ce titre, Hachemi El Hamdi, intervenant dans la même émission, a indiqué qu’en vertu de la version proposée par son mouvement, la Charia est présentée comme étant un fondement de la loi et une source de son application. Compter sur les divisions qui traversent ce mouvement pour obtenir l’adhésion des dissidents, dont certains ont exprimé le même avis, pourrait être un leurre.

D’un autre côté, une concertation qui pourrait conduire à la formation d’une majorité consistante par le nombre serait suffisante pour bloquer le projet. Ettakatol n’aura, ainsi, pas besoin de se retirer et pourra imposer sa position par un vote négatif de sa part et de la part de ses alliés.

Dans la seconde hypothèse, le retrait des députés après adoption du projet ne changera rien aux résultats du vote sauf à exercer des pressions politiques pour empêcher qu’il soit mis en vigueur.

Rappelons qu’à l’origine de la discorde, Sadok Chourou a prévu d’insérer dans la future constitution une disposition en vertu de laquelle la Charia serait le principal fondement de la loi. Dans ce cadre, il a été préconisé la création d’une commission composée d’ulémas chargée d’apprécier la conformité, à la religion, des lois votées.

Ces propositions sont en contradiction flagrante avec le discours développé par les responsables d’Ennahdha au lendemain de sa victoire électorale qui ont confirmé leur attachement au principe de la république et de la démocratie et qui ont démenti l’intention du Parti de fonder un État théocratique.

D’éminentes personnalités politiques, comme Ahmed Mestiri, et juristes, comme Sadok Belaid, appelés à livrer leur point de vue sur la question, essayent de convaincre les responsables politiques et les membres de l’Assemblée constituante du bien-fondé du maintien des dispositions de la Constitution de 1959 relatives à l’identité nationale et culturelle de la Tunisie. Outre leur compatibilité avec la réalité contextuelle locale, ces dispositions font l’objet d’un large consensus.

Commentaires:

Commentez...