Au nom des chômeurs diplômés, je demande ce que font les constituants et les provisoires

Alors que les salafistes, Saida Agrebi ou Kaïs Ben Ali occupent la une des informations, la crise se poursuit dans le bassin minier, les syndicats se mobilisent un peu partout et dénoncent la hausse continue des prix.

Pendant ce temps, le problème de l’emploi et les horizons de la jeunesse sont éludés par des responsables qui préfèrent regarder ailleurs.

Pour rencontrer au quotidien, des jeunes chômeurs diplômés, toujours en attente d’une véritable reconnaissance et d’un premier emploi, je peux mesurer de plus en plus la détresse de nombreux jeunes tunisiens.

Amers et déçus, certains font mine de regretter ne pas avoir tenté leur chance avec un bateau pour Lampedusa et l’El Dorado européen.

Plus sarcastiques, les autres révèlent les dessous des cartes avec des analyses qui peuvent paraître des plus pertinentes. Au lendemain de la révolution, les juristes se sont emparés du terrain, constatent certains jeunes.

Ces juristes en très grande majorité politisés ont alors, se drapant dans leur dignité d’avocats, imposé les vues des islamistes et de l’extrême gauche, qui cherchaient absolument à renverser le régime.

Ils ont, dès lors, déplacé les enjeux de la révolution. Alors que Kasbah 1 était clairement le fait de jeunes et de chômeurs en quête de dignité, le sit-in Kasbah 2 était clairement plus politisé et, en conséquence mieux organisé.

Piégés, ceux qui étaient mobilisés en faveur de la dignité et de l’emploi se sont retrouvés à scander des slogans pour une nouvelle constitution. Et depuis, que d’eau a coulé sous les ponts…

Au lieu que les priorités nationales concernent l’emploi pour tous et une sortie de crise, les politiques qui se sont emparés du mouvement populaire l’ont orienté vers une constituante, avec les résultats qu’on connaît.

Et pire encore, depuis, ceux qui sont installés dans l’hémicycle du Bardo n’ont rien fait de concret ni dans un sens ni dans l’autre. Quant au gouvernement provisoire, il multiple les vœux pieux et semble jouer à la patate chaude avec le problème de l’emploi.

Aujourd’hui, les Tunisiens n’ont que faire de débats byzantins sur le sexe de la constitution. Ils se soucient surtout d’emploi et de développement.

Au nom des chômeurs diplômés, je demande ce que font les constituants et les provisoires en ce domaine. Que font-ils en matière de très grande pauvreté, de chômage endémique et de chômage des diplômés ?

Le plus drôle, c’est que lorsque vous évoquez cette question, ils vous répondent d’une seule voix, qu’ils sont là pour écrire une nouvelle constitution.

Cette manière de se défausser — car il n’y a pas eu de véritable progrès en matière de constitution — relève du miroir aux alouettes.

Ce dont la Tunisie a le plus besoin aujourd’hui, c’est d’un comité d’experts pour rédiger une constitution et d’élus pour prendre à bras-le-corps le problème de l’emploi.

Ne l’oublions jamais : les diplômés chômeurs ont été les véritables fers de lance de la révolution. Ils se sont emparés de la détresse de Bouazizi pour lancer le mouvement qui emportera Ben Ali. Et leur mobilisation a porté ses fruits.

Ce n’est que plus tard que les politiques et ceux qui tiennent le haut du pavé aujourd’hui sont entrés dans la danse pour accaparer tous les fruits politiques de la révolution.

Ce n’est qu’à une condition que la Tunisie fera sa sortie de crise, c’est lorsque les élus se donneront pour priorité l’emploi pour toux ceux qui attendent.

Tout le reste n’est que paroles, diversion, idéologie et langue de bois. Cette prise de conscience des politiques quant aux véritables priorités est attendue par tout un peuple qui s’impatiente.

Méditons ce mot de Gramsi : « La crise, c’est quand l’ancien se meurt et que le nouveau peine à émerger » et rendons la révolution à la jeunesse.

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