Opinion – TV Nationale et Ennahdha ou le marché de dupes

L’accord signé entre le syndicat de la télévision et le gouvernement qui a abouti à réviser le règlement organisant le conseil d’administration de l’établissement est très loin de garantir une quelconque neutralité de l’information. Si on décortique la nouvelle formation de ce conseil, on s’aperçoit dès lors que les jeux sont faits et bien faits. Des figurants et des acteurs de premier ordre.

Un représentant du Premier ministère, du ministère des Finances, du ministère de la Culture spécialisée dans l’audiovisuel, de la Cour des comptes, des représentants du pouvoir législatif. Tous ces représentants sont issus de la Troïka au pouvoir. Le reste et le nombre des autres représentants sont insignifiants pour ne pas dire dénudés de toute influence au sein de ce conseil. Le gouvernement a obtenu avec l’aide du syndicat de la Télévision de nous servir l’indigeste langue de bois et de revenir au bon vieux temps. Le temps, « de touche pas à ma Télévision », dixit Ben Ali.

Tout doucement et sûrement on se dirige vers cette ligne éditoriale qui a encore de beaux jours devant elle. Exploitée, certes différemment pour faire diversion, mais néanmoins représentative de ce que la troïka ou Ennahdha veut.

Le 7 mars, le ministre de l’Intérieur a pu s’expliquer sur le plateau de la télévision nationale concernant les différents actes de vandalisme ou d’agression que la faculté de La Manouba a subis et essuie encore et ce depuis des mois. Il a accusé le doyen de l’avoir dissuadé d’intervenir. Mais le doyen de la faculté, premier intéressé par le sujet, n’a pas été invité à cette émission et nous n’avons pas pu entendre sa version des faits.

M. le ministre de l’intérieur a aussi nié toutes les violences physiques et verbales perpétrées par les forces de l’ordre à l’encontre des journalistes ou des manifestants lors de la marche organisée par  l’UGTT le 25 février dernier à Tunis. Et on a oublié aussi d’inviter le représentant de la SNJT qui a reçu toutes les plaintes des victimes.

M. le ministre enfonce plus profond le clou, en demandant aux plaignants de lui fournir des preuves concrètes concernant les diverses infractions à la loi, qui secouent la Tunisie par le biais du courant salafiste. Et il a l’outrecuidance de demander aux téléspectateurs et aux pseudos opposants, présents sur le même plateau de lui donner, le nom du responsable de la dernière infamie en date, concernant l’avilissement de notre drapeau. Symbole le plus sacré d’un pays. Alors que cette personne est connue de toute la faculté de La Manouba et son image circule sur tous les réseaux sociaux.

Le peuple doit se substituer aux forces de l’ordre, effectuer des enquêtes et pourquoi ne pas engager des poursuites tant qu’on y est ? Et si par miracle les coupables comparaissent devant le juge, on connaît d’avance le jugement. Ils seront relaxés pour x raisons. Alors que pour la publication d’un « nu », la diffusion d’un film, des journalistes, un directeur de chaîne, sont emprisonnés le jour même et s sans aucun espoir de disculpation ou d’innocence.

Un signe des plus significatifs, M. Laaridh nous affirme que c’est la première fois qu’il est l’invité de la télévision. Il se réjouit de cet espace qui lui est offert pour étaler sa compétence et sa bonne foi outrageusement cachées au peuple. Et de déblatérer comme bon lui semble. Dommage, il a oublié sa barbe au ministère avant de venir.

Inutile de s’appesantir sur la manifestation organisée le 8 mars au Bardo, devant l’ANC, à l’occasion de la fête de la femme et qui a rassemblé des milliers de personnes. Passé sous silence par notre TV Nationale. On est dans le même cas de figure que lors du tout premier soulèvement à Sidi Bouzid qui a été ignoré par tous les médias.

Est-ce le nouveau/ancien aspect de la télévision nationale ? Encore de l’amateurisme, de l’incompétence ou des directives ? Est-ce l’assainissement qu’ils réclament ? La réponse est très claire : ce qu’Ennahdha veut, la TV le fait.

Depuis son ascension au pouvoir, elle a mis main basse sur tous les pouvoirs et spécialement la Télévision comme porte -voix. Il est indéniable qu’Ennahdha a bénéficié du plus large temps d’antenne, pendant les élections. Cette pieuvre enlace progressivement tous les secteurs en tressant et en étalant, petit à petit, son hégémonie sur un peuple qui rêvait de liberté et qui s’est fait voler sa révolution.

On sait que  dès le 15 janvier 2011 un accord secret a été passé entre le POCT (Hamma Hammami), l’UGTT (Abdeslam Jrad) et Ennahdha  pour former la première troïka  qui nous a mené vers les Kasbah1,2…, les grèves, les sit-in et obtenir finalement  cette constituante dans laquelle on s’est tous englués.

Cette première troïka a explosé dès les résultats des élections du 23 octobre et a éjecté au passage Hamma Hammami et  menacé A.Jrad de représailles et l’a traîné devant les tribunaux. Le pourquoi du comment reste assez obscur. Peut-être qu’ils n’ont pas eu ce qu’ils escomptaient. Une grande part du gâteau ? Le jeu ou le manège politique continue avec le syndicat de l’UGTT  de la Télévision et  Ennahdha. Il est à noter que seule le syndicat de l’UGGT de la Télévision est mis en cause et non toute l’Union Générale Tunisienne du Travail avec son nouveau bureau. Quel secret unit ces deux formations ? Facile : corruption et pouvoir.

Le but d’Ennahdha est cependant clair, transformer radicalement le paysage tunisien en effaçant des mémoires graduellement, notre héritage socioculturel et notre constitution de 1959. Et les membres du syndicat s’enrichissent à l’aide des pots de vins. En contrepartie, placer les hommes/femmes, qu’il faut à la place qu’il ne faut pas ! Au début de la révolution, le syndicat s’est permis de renvoyer  de son propre chef, plusieurs personnes, que ce soit des animateurs, réalisateurs, journalistes, etc.  Et même le secrétaire général administratif a eu droit au fameux « dégage ».

Pas plus tard qu’il y a deux semaines, les membres du bureau du syndicat ont fait irruption à la rédaction du journal télévisé pour « dégager certaines personnes » qui n’entraient pas dans le credo du fameux assainissement. Cela s’est soldé par un bras de fer qui a eu raison d’eux. Dépités ils ont  présenté leur démission. Qui fut refusée.

Le secteur des médias, tous supports confondus ,souffre certes de beaucoup de lacunes. Informations et rumeurs font souvent la Une. Laissant le public sur les bancs de la désinformation, dirigée ou anarchique.

Les médias, ce quatrième pouvoir sont en passe de devenir le laquais du gouvernement, s’ils ne mettent pas le holà très vite et dans les plus brefs délais. La pression, que subissent presque quotidiennement certains médias animés par le sens du devoir et d’une réelle neutralité, est énorme. Les agents travaillant dans ce secteur sont en première ligne pour se faire malmener, tabasser et traîner dans la boue et dans les tribunaux pour un film, une photo…
La révolution a changé le petit écran en un écran de fumée.

Les tentes plantées devant les locaux de la télévision et les manifs devant son siège relèvent du : The show must go on…

Commentaires:

Commentez...