La Troïka ne sera pas éternelle, mais à quelle sauce Ennahdha mangera-t-elle ses futurs alliés ?

À cause des débats internes au sein d’Ettakatol et du Congrès pour la République, la majorité actuelle connaît quelques soubresauts.

En effet, les deux partis alliés d’Ennahdha ont connu des remous internes : cascade de démissions à Ettakatol et divergences idéologiques au sein d’un CPR qui ne reconnaît plus un Marzouki, transfiguré par le palais de Carthage dont il est l’actuel locataire.

Par boutade, certains se demandent même si l’odeur du “bkhour” (encens) utilisé hier par Leïla Ben Ali n’aurait pas entêté l’activiste égaré que devient chaque jour un peu plus le président provisoire. Est-ce un effet des pratiques de magie qui avaient cours au palais ? On peut toujours en sourire.

Sur un autre plan, Ennahdha, consciente de la fragilité de l’actuelle Troïka a, d’ores et déjà, envisagé des alliances de revers, au cas où la majorité tomberait.

C’est d’abord le pas de deux que danse Ennahdha avec les Salafistes et le parti Ettahrir, dont la légalisation est quasiment programmée, qui caractérise le travail politique du parti conservateur majoritaire.

Cette alliance tacite s’exprime, de plus en plus, en public et constitue l’issue de secours d’Ennahdha au cas où la minorité rencontrerait son introuvable leader.

D’autre part, des ouvertures sont actuellement en cours entre le parti majoritaire et l’Union patriotique libre qui vient de se définir comme pro-charia, ce qui rapproche ce parti des thèses conservatrices.

C’est aussi le cas pour les constituants de la Pétition populaire qui tendent à se rapprocher d’Ennahdha.

Seule la gauche islamiste, représentée par des courants minoritaires, semble ne pas adhérer à ce mouvement qui a deux conséquences pratiques :

1 – Il ménage une voie de sortie à Ennahdha en lui donnant une alliance de revers en cas de défection d’Ettakatol ou du CPR.

2 – Il consolide le clivage idéologique actuel autour de la présence de la charia (loi islamique) dans la future constitution.
Avec cette recomposition au cours dans le camp conservateur, Ennahdha parvient en fait à renforcer ses positions même en cas de défection d’Ettakatol et du CPR.

Redoutables négociations politiques, les nahdhaouis prennent ainsi une nouvelle longueur d’avance alors que le camp centriste et de gauche se cherche encore un leader « qui ne cultiverait pas d’ambitions personnelles ».

Quels seront les futurs alliés d’Ennahdha au cas où la Troïka imploserait en cours de mandat ou bien ne serait pas reconduite après les prochaines élections ?

La question relève de la prospective, mais de nombreux indices apparaissent. De plus, cette question conditionne l’avenir du camp moderniste dans les batailles politiques qui s’annoncent.

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