Opinion – Suicide d’Ennahdha

Ennahdha, jouissait d’une aura, une histoire de militantisme qui a fait d’elle le visage de proue de beaucoup de Tunisiens, qui se cherchaient une certaine identité, perdue entre néo-colonialisme et modernité. La révolution lui a permis de sortir des geôles et de faire entendre sa voix plus haute que toutes les autres. Et pour asseoir son pouvoir, elle n’a pas hésité à s’allier avec le CPR et Ettakatol, qui peuvent être perçus aux antipodes de son dogme et de son courant de pensée. Depuis son ascension, bon nombre de ses électeurs l’observent médusés, entre des promesses non tenues et des ambitions démesurées.

Les divisions de la Troïka n’ont pas pu passer inaperçues, dès la distribution des portefeuilles ministériels, voir même l’octroi du poste présidentiel. Des négociations qui ont duré presque deux mois. Le nombre incroyable des gouvernants et la durée du marchandage, reflètent l’âpreté avec laquelle les fonctions se sont arrachées.

Comme bon nombre d’observateurs l’affirment, c’est un passage obligé. Il fallait que les islamistes prennent un jour le pouvoir. Non pour que l’islamisme fondamentaliste prouve sa prééminence face aux dictateurs ou aux démocrates. Mais tout simplement pour qu’il soit pourfendu en étalant la rigidité d’une idéologie intrinsèque à la cause, qui aboute religion et politique.

Depuis la prise du pouvoir d’Ennahda, elle ne cesse de lancer aux tunisiens ses théories sous formes de ballons d’essais, créant la polémique tout en tâtant le pouls de la masse populaire :

Les déclarations outrancières de Souad Abderrahim Ministre de la Femme, ont suscité, le rejet et le refus, quand ce n’est pas le mépris. Que ce soit en incriminant les mères célibataires, l’adoption ou la justification du mariage coutumier et j’en oublie…

L’invitation de Wajdi Ghenim qui a semé la discorde entre les tunisiens. Prédicateur, exciseur en puissance, interprétant les textes religieux selon un prisme équivoque, altérant indéniablement l’essence même du message musulman. Transformant ses fans en fanatiques, prêts au djihad islamique.

Tariq Ramadhan, autre prédicateur, mais autre style pour rectifier le tir, appelé ou invité à la rescousse et dans la foulée pour promouvoir son dernier livre «Printemps arabe». Islamiste, intégriste mais charismatique, usant d’un prosélytisme intelligent et d’une rhétorique persuasive emberlificotée avec des phrases toutes faites et bien faites. Mais face à la réalité tunisienne, il s’est heurté à un mur. Incapable de cimenter sa pensée philosophique théorique : la cohabitation des islamistes et des laïcs, son sujet de prédilection sur les plateaux télévisés et les chaires universitaires occidentales. Bref notre pays n’a jamais reçu autant de prédicateurs et de prêcheurs, apostolats de la parole divine, en si peu de temps. Et cela continue…

L’arrestation du directeur d’Attounissia pour avoir publié un « nu » jugé  «atteinte aux bonnes mœurs portant des risques de troubles à l’ordre public», d’après le Juge d’instruction du 15ème bureau au Tribunal de 1ère instance de Tunis.

L’immunité dont jouissent les salafistes est éhontée. Tous les actes de violence qu’ils perpètrent sont innocentés ou justifiés par la troïka au pouvoir comme une amplification excessive de la gauche, des médias ou d’autres parties qui essayent de paralyser la bonne marche du gouvernement.

Sadok Chourou, a proclamé qu’il fallait couper les mains, voir crucifier ceux qui font des sit-in, avec à l’appui un verset coranique.

M.Hamadi Jebali, avait déclaré que l’interdiction de l’alcool en Tunisie ne saurait tarder, désavoué au passage par M. Marzouki lors d’une interview, ou comment dévoiler un secret de polichinelle.

Inutile de lister tout ce qui a causé controverses et indignations. En quelques mois, Ennahdha a essayé par tous les moyens « légaux et illégaux » l’accélération de l’islamisation radicale, directe et indirecte de la société tunisienne ; usant parfois de violence en collaborant avec ses bras armés occultes. L’objectif étant l’élaboration d’une constitution s’inspirant de la chariâ en sus d’un régime parlementaire, lui garantissant une réélection facile d’ici le 23 octobre 2012.

Tous ces facteurs et bien d’autres démontrent à quel point Ennahdha est dans l’urgence de mettre son programme en pratique, par tous les subterfuges mais, très maladroitement édulcorés. Leurs tactiques manquent d’un savoir-faire politicien criant ! Le temps joue contre elle et nullement en sa faveur.

Dès la première réunion de l’assemblée constituante en séance plénière, au cours de laquelle les blocs parlementaires ont présenté leurs propositions concernant la nouvelle constitution, la troïka au pouvoir explose. Il y avait des signes avant coureurs de cette explosion, qui n’ont pas pu échapper au tout nouveau microscope dont se sont dotés les médias et le tunisien lambda. Que ce soit les blocs parlementaires du CPR ou d’Ettakatol, sans compter ceux de l’opposition, c’est la curie. La majorité des groupes refusent de s’inspirer de la chariâ dans la constitution et plaident pour un État civil.

L’histoire tunisienne, au-delà des cinquante ans que nous avons franchis avec notre indépendance en mains, a toujours excommunié l’islamisme radical. Ce constat s’impose à nous, pour la simple raison que cette terre se glorifie de ses trois mille ans d’histoire. Une position stratégique qui a toujours enflammé les plus braves des conquérants. Des civilisations entières se sont succédé, carthaginoise, phéniciennes, romaines ou arabes. Ils nous ont légué, avant tout, un attachement maternelle et identitaire à nos traditions et nos coutumes, leur accordant souvent une place plus prédominante que la religion. La Tunisie ne se conjuguera jamais au singulier mais, toujours au pluriel. Terre d’accueil qui n’a d’emblème que la Xénophilie qu’elle brandit face à toute sorte de sectarisme.

En outre, la Tunisie est paradoxalement particulière. Cette distinction paralysera tous ceux qui veulent la fondre dans la masse de ceux qui prônent une terre d’islam sans frontière et sans drapeau.

Oui, la Tunisie est arabe, musulmane, maghrébine. Nul besoin de l’inscrire dans des articles constitutionnels. Nous ne sommes pas et nous n’adhérerons jamais à ce courant « up to date » qu’est ”le Moyen Orientalisme”.

Finalement c’est ce qui sonnera le glas d’Ennahdha.

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