Opinion – Salafisme ou l’isme tunisien

La mouvance post-révolutionnaire a permis à l’opportunisme de tous les partis et partipris, entre autres le nahdaouisme, de se proclamer la voix du peuple tunisien. Et ce dernier a réussi !

Rien de plus naturel que de voir l’islamisme protéger le salafisme. Bienvenue dans le Nouveau Monde de l’isme tunisien.

Nous ne sommes pas à un dépaysement près, Monsieur Marzouki avec sa touche Burnous qu’il n’a jamais arboré avant son investiture présidentielle, a entraîné dans son sillage les représentants d’une doctrine, d’un dogme dormant.

La salafiste
Vous ne pouvez pas la rater, si un jour il vous arrive de marcher dans une rue de la capitale, une ville ou un village… c’est une entité noire qui se déplace en silence, l’une de ces « mounaqabet ». La fashion victime par excellence, victime de ce monde moderne et hostile qui lui en veut !

Le salafiste
On le reconnait surtout à sa barbe, une barbe longue ou courte selon le moment exact de sa prise de décision, ou comment arborer les insignes de son identité. Elle peut dater de six mois, pas plus parfois. La longue tunique blanche ou le « sarwel kameez » afghan originaire de la terre du Pendjab.

Ce sont des salafistes purs et durs dans leur façon de revendiquer un retour aux origines de l’Islam. Ce fondamentalisme ne les empêche pas de porter des baskets made in…, voire des casquettes ou un treillis militaire pour signifier qu’ils sont djihadistes. Pourtant, ce sont les valeureux combattants de l’Occident et de sa dérive vestimentaire et morale, parangon de la dépravation.

Le salafisme se divise essentiellement en deux tendances celui de la prédication et du prêche au sein des mosquées ou ailleurs, né en Arabie Saoudite dans les années 1960, et celui du djihadisme né dans les années 1980 en Afghanistan.

Les salafistes ne reconnaissent pas le polythéisme et revendiquent le monothéisme absolu de la religion musulmane. De là à cataloguer un hindou, juif ou chrétien etc. de mécréant… Cela coule de source. Ce qui est en soi assez aberrant, mais pour eux les conquêtes islamiques sont toujours à l’ordre du jour et ils ne désarment pas à ce sujet.

Dans l’ensemble ils ne revendiquent pas leur appartenance à un pays, une nation, un drapeau, mais à un centralisme arabo-musulman plus communément appelé (ahl -tawhid ) – les gens de l’unicité – ils n’ont de frontière que la parole de Dieu qui régie leurs lois, leurs pensées, leurs microcosmes. Une communauté agissant sous l’égide du Coran et de la Sunna en appliquant à la lettre et à la virgule tous les textes sacrés, refusant ainsi d’y apporter un quelconque changement ou effort de réflexion (l’ijtihâd), altération par excellence qui découle du modernisme.

Doit-on avoir peur de ce courant exogène à la Tunisie telle que nous l’avons connu depuis des siècles ? Peut-il altérer le noyau sociétal qui a fait de nous un pays, une nation ouverte sur le monde libéral en fonction de nos traditions et de notre conservatisme ? Assimilant les différences des autres qui ont nourri à travers les années notre culture cosmopolite. Et en gardant à l’esprit qu’en 1803, les Al Saoud ont tenté d’orienter l’islam tunisien vers le wahabisme et les oulémas à l’époque avaient refusé catégoriquement de suivre ce mouvement. C’est peut- être de là que la Tunisie tire son histoire particulière qu’on ne peut confédérer avec aucun autre pays arabe.

Les salafistes tunisiens sont beaucoup plus dans la riposte que dans l’attaque ou l’activisme, qui demeure assez rare, comme on a pu l’enregistrer à Sejnane avec toutefois des affrontements tendus, voire agressifs, par moments.

Mais comme ce genre d’incidents est extrinsèque à notre mentalité et à nos coutumes, cela donne une ampleur imméritée à ce phénomène qui reste sporadique et sans grande influence sur le reste de la population tunisienne.
Alaya Allani, professeur d’histoire à l’université de La Manouba, a estimé que les salafistes sont de l’ordre de quelques centaines, mais leurs sympathisants varient entre 5000 est 7000 adeptes.

N’essayez jamais de discuter avec un salafiste, même si vous avez une foi inébranlable de simple musulman tunisien comme nos aïeuls l’ont été avant nous. Que vous soyez pragmatique ou théorique ou même un savant théologique reconnu et accrédité par les maîtres l’ayant précédé, il vous assommera avec des arguments irrévocables en invoquant les textes sacrés et les versets d’après son étroite vision de la pensée théologale.

Cet attentisme politique subi par la Tunisie et qui n’en finit pas d’être provisoire a permis à toutes les voix de se faire entendre, réclamer, proclamer, manifester et vouloir promulguer les lois morales ou divines à travers nos gouvernants transitoires dans les médias ou au sein de l’ANC. Et la question demeure suspendue : vers quelle tendance ira cette voix qui sera finalement la voix de la majorité ?

Le peuple tunisien n’est pas en train de se diviser entre mécréants et croyants, mais, gardons à l’esprit que le seul péché, c’est d’être ignorant.

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