Twitter censure: premiers méfaits de l’actionnaire saoudien Al-Walid bin Talal ?

Nul ne pourra nier le rôle qu’a joué le réseau social Twitter dans le printemps arabe. Il a facilité la coordination de manifestations et a servi de plateforme pour diffuser les messages des militants, leurs photos et leurs vidéos pour contrer des régimes. Mais faut croire que les temps ont changé!

Dans son dernier blog post intitulé « tweets still must flow » ou « les tweets doivent continuer à circuler», publié hier, le micro-blog Twitter a étrangement changé de ton. Malgré un titre laissant croire à une plus grande utilisation des messages et donc à plus de liberté, Twitter explique que dorénavant, il fera de la géocensure de ses tweets. Autrement dit, le réseau cachera les tweets comportant des messages qui sont en désaccord avec la « politique » d’un pays. Et ces messages ne seront visibles qu’aux utilisateurs n’appartenant pas aux pays dont la censure est souhaitée. Dorénavant, des messages comme les suivants seront affichés, si on souhaite accéder au Tweet ou au compte qui a été censuré :

Twitter se justifie en disant que cette décision est due à une croissance incroyable de son réseau dans presque tous les pays du monde. Or, pour Twitter, certains pays ont différentes perceptions sur les limites de la liberté d’expression, qui sont parfois en total désaccord avec les siennes, au risque de mettre en péril son existence et son utilisation dans lesdites régions, adeptes de la censure. Et bien sûr, Twitter ne veut pas perdre ces pays amis anti-liberté d’expression. A l’instar de l’Arabie saoudite dont un des princes, Al-Walid bin Talal, en décembre 2011, s’est permis d’injecter 300 millions de dollars dans le site de microblog Twitter.

Officiellement, pour le prince, cette participation réaffirme la capacité de son groupe Kingdom Holding Company « à identifier les opportunités d’investissement dans les entreprises à forte croissance ayant un impact mondial ». Mais pour plusieurs défenseurs des libertés numériques, le déboursement d’une telle somme est de mauvais augure. Et, il convient de se demander si une telle participation pourrait influencer le choix des décisions stratégiques du site de microblog.

Ceci dit, d’autres estiment que le marché chinois avec ses 800 millions d’internautes dont seulement 5% connectés au réseau Twitter est l’une des raisons principales qui ont poussé le site de microblogging d’appliquer la censure.

La colère des utilisateurs ainsi que des organismes internationaux de défense des libertés ne s’est pas fait attendre. Reporters sans Frontières a décidé de publier une lettre à l’attention du directeur exécutif de Twitter, Dorsey Jack, lui demandant de ne pas coopérer avec la censure. Quant aux tweeplees, ils ont carrément décrété le 28 janvier, journée de blackout, où ils cesseront de Tweeter. Le hashtag #TwitterBlackout a été décrété comme hashtag de protestation contre cette décision. On attend tous de voir la décision des dirigeants face à cette polémique grandissante. Ces derniers ont essayé de calmer les choses en mettant à jour le blog post. Ils ont répondu brièvement à quelques questions des utilisateurs, mais des explications claires et détaillées n’ont toujours pas été données.

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