Opinion – L’effet Sit-in: la manigance politico-politique n’est plus à démontrer

Tous ceux qui parlent au nom des sit-inners ou pour leur compte font prévaloir un ras-le-bol intenable qui les pousse à exiger des solutions immédiates à des problèmes qui remontent à près d’un quart de siècle. Dans leurs commentaires des événements qui secouent le pays, les politiques se prononcent en fonction de leur position sur l’échiquier national. Ceux qui sont dans l’opposition soutiennent que les gens du pouvoir doivent être crédibles et concrétiser sans tarder leurs promesses de créer les centaines de milliers d’emplois qu’ils ont prévu dans leur programme électoral. Ceux qui sont dans le gouvernement répliquent qu’à l’impossible nul n’est tenu et qu’une trêve sociale de quelques mois est nécessaire pour satisfaire aux attentes dont ils reconnaissent la légitimité. La thèse du complot avancée timidement par quelques-uns n’est pas trop prise au sérieux par la plupart des partis politiques et les médias qui y voient un faux-fuyant pour se dérober et rejeter la responsabilité sur un ennemi invisible.

Pourtant, on n’a pas besoin d’aveux ni d’interpellation en flagrant délit pour le confirmer. En effet, un faisceau d’indices autorise à creuser cette piste qui peut édifier sur le pourquoi des choses. La corrélation entre des événements et des déclarations d’un côté et les vagues de protestation qui s’ensuivent, la ressemblance des actes et des réactions pour le manifester, l’accalmie qui revient comme par enchantement après un entretien avec certaines parties ou à des appels au calme venant d’autres parties et bien d’autres présomptions sont pour le commun des observateurs fort révélateurs.

La corrélation entre événements et vagues de protestations

1. Pendant les 3 mois de l’année écoulée, les barons encore en circulation du régime déchu et leurs sbires ont été très actifs pour faire revenir la dictature et se venger du peuple qui a évincé leur maître. Ils y ont recouru à travers la pratique de la terre brûlée et des actes de boycott. Ils se sont infiltrés là où il leur était propice de semer la pagaille et le chaos. Ils fomentent et s’adonnent à des actes de vandalisme et de violence en se faisant assister par des repris de justice et des délinquants notoires. Ils utilisent le réseau social qui a été déterminant dans le renversement de la médiocratie ZABIENNE pour inciter à la haine et aux agressions.

2. N’ayant pas réussi dans leurs magouilles contre-révolutionnaires, les miliciens du RCD ont retourné la veste pour se joindre à des formations et des partis politiques extrémistes où ils proposent d’apporter leur savoir-faire dans le domaine du banditisme politique et du gangstérisme des affaires.

3. Après le 23 octobre, l’appel à la « trêve sociale » n’a pas permis de mettre un terme à la « belligérance » qui a repris de plus belle depuis le lancement de cet appel par le président de la République. D’ailleurs, au lendemain de l’appel, des responsables syndicaux et de partis politiques ont manifesté leur rejet de la proposition considérant que les délaissés de la révolution parmi les chômeurs et les déshérités n’ont plus la force d’attendre et que s’il y a trêve à observer, ce sera aux nantis de la demander.

4. À l’occasion du premier anniversaire commémoratif de la révolution, la contestation a porté sur la date de l’événement. Elle est pour certains celle du 17 décembre 2010 date à laquelle Mohamed BOUAZIZI s’est immolé par le feu, donnant ainsi le coup d’envoi au soulèvement populaire. Elle est, pour d’autres, le 14 janvier 2011 journée où ZABA a fui le pays. Certains considèrent que le début de la fin a été la révolte des chômeurs dans le bassin minier qui remonte à 2008 alors que l’extrême gauche, insatisfaite de la prestation de la Troïka, soutient que la révolution ne sera fêtée qu’une fois elle aura atteint ses objectifs. Heureusement, cette querelle de dates n’a pas été au-delà des quelques déclarations et manifestations qui ont dérangé les officiels sans basculer dans la violence.

5. Seulement dans une interview livrée à la TV à cette occasion, le président de la République reprocha aux médias d’avoir amplifié la situation qui à ses dires n’est pas aussi dramatique. La paralysie n’a touché qu’une partie infime des activités économiques, les grèves et les protestations sociales se comptent sur le bout des doigts et la solution est à la portée des dirigeants. Suite à cette interview, les sit- in, les grèves sauvages et les blocages à l’activité économique ont refait surface en quelques jours pour toucher en même temps plusieurs régions.

6. Dans d’autres circonstances, la causalité se manifeste chaque fois que se produit un événement laissant entrevoir le bout du tunnel. Il suffit d’une rencontre avec des responsables politiques, des investisseurs ou des bailleurs de fonds disposés à apporter leur appui ou d’une visite de leur part pour que des voies d’indignation s’élèvent accusant le gouvernement de troquer la souveraineté du pays contre une poignée de dollars.

Ressemblance entre actes et réactions

1. Bien que les problèmes ne soient pas les mêmes, les revendications ne diffèrent pas tellement d’une région à l’autre et d’une manifestation à l’autre. Autonomie régionale et administrative, création de projets et d’emplois, limogeage de responsables pour incompétence ou nonchalance, telles sont grosso modo les exigences des sit-inners et des grévistes qui se joignent à eux certains par principe, d’autres par opportunisme. Leur façon de procéder est pratiquement la même. Blocage des accès, fermeture forcée des entreprises à fort potentiel d’employabilité, grèves générales. Sur terrain, les sit-inners posent comme seule et unique condition pour lever le blocus la création illico presto des projets dans la région, l’embauche des chômeurs, l’amélioration de l’infrastructure, la généralisation et la majoration de l’aide sociale aux indigents. Ces événements se déclenchent dans plusieurs régions à la fois ce qui dément catégoriquement l’hypothèse de la contagion mise en avant par certains analystes. Car, si c’est le cas, l’on se demande pourquoi l’effet de vague ne s’est pas produit lors des événements du bassin minier de 2008, largement couverts par les médias étrangers et amplement commentés et partagés sur le réseau social.

2. De la même manière qu’ils se produisent brutalement sans le moindre signe précurseur, les événements s’apaisent du jour au lendemain en conséquence d’un appel au calme, d’une déclaration ou à d’un désistement. Pour le cas des derniers événements, un appel de la centrale syndicale qui fait suite à un « y’en a marre » exprimé par une large frange de la population permis de mettre fin à la plupart des mouvements. Espérons cette fois-ci que le retour à la normale le soit pour de bon, car les ultimatums qui sont de très courte durée, le durcissement du discours populeux et les prédispositions à redescendre dans la rue laissent craindre une nouvelle flambée de violence.

Entre temps, la milice du RCD ne désarme pas et les gens du RCD ne désespèrent pas

1. Ils gardent encore espoir et sont aux aguets de tout événement qui peut apporter de l’eau à leur moulin tout bonnement parce qu’ils ne sont pas contents de la nouvelle situation à laquelle ils ont été réduits après le 14 janvier. Non seulement ils n’ont plus les avantages que leur procure leur statut d’hommes de main du parti unique, mais ils craignent leur implication dans le cadre du déploiement qui se fait encore attendre de la justice transitionnelle. Il n’est dès lors pas exclu qu’ils soient très actifs dans les mouvements de protestation, appelant à davantage de violence et à l’escalade.

2. Ceux qui n’ont été que de simples fervents partisans de la médiocrité ZABIENNE, jouissent et se réjouissent. En public, ils donnent l’impression de s’inquiéter pour l’avenir du pays qui selon eux s’est obscurci après la fuite de leur manitou. En privé, ils déplorent la fin de la dictature qu’ils trouvent très efficace pour faire marcher la société.

M’hamed BEN SASSI

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