L’OpenData et l’OpenGov en Tunisie : fiction ou réalité ?!

Une année auparavant quand on parlait d’Open Data ou encore d’Open Governance, les gens vous traitaient de fou. L’idée était même considérée comme suicidaire pour un système fermé, très bien gardé et qui ne laissait filtrer aucune information.

Mais encore une fois la Tunisie semble se distinguer des autres nations révolutionnaires en voulant concrétiser cette idée et franchir le pas vers l’application de la diffusion des données publiques et l’instauration de la démocratie participative. Le tout sera dans un cadre officiel régi par des lois et appliqué au sein de l’assemblée constituante.

Ainsi, les mots d’ordre de la semaine dernière étaient Transparence, participation et collaboration. Imaginez-vous en tant que simple citoyen tunisien capable de suivre tout ce qui se passe en premier lieu au niveau de la constituante, de savoir ce qui va être voté et adopté. Et dans une définition plus globale, avoir accès à des documents et des données citoyennes relatives à des institutions publiques par le biais d’un simple site web. Eh bien c’est ce qu’on appelle l’Open Data ou les « données publiques ouvertes ».

Ainsi des données gouvernementales ou encore des données relatives aux municipalités deviendront disponibles. Il est tout à fait légitime que ces données ne puissent, en aucun cas, toucher à la sécurité du pays ou à sa stabilité. Présentées d’une manière simple et compréhensible elles seront ainsi consultables par le biais de sites web et portails spécialement créés pour cela.

L’idée est lancée par un groupe de jeunes faisant partie de l’Assemblée constituante et membres de partis tels que Ettajdid, PDP ou encore Ettakatol. Quoique l’idée à son origine ait vu le jour au sein du groupe Facebook consacré à la « communication » de l’effectif OpenGov Tunisien, rassemblant de jeunes Tunisiens pour la majorité des blogueurs ou des militants en ligne, elle a été reprise par un ensemble de députés afin de lui faire voir le jour de manière officielle.

Un buzz médiatique a été préparé sur les réseaux et le Net afin de vulgariser ces notions auprès des gens et leur faire savoir les choses de la manière la plus simple qui soit : des spots en dialecte tunisien, des textes en arabe, des expressions simples…
La « campagne médiatique » a été menée principalement sur Facebook et Twitter. Des pages de plus de 5000 fans en quelques jours ont fleuri sur Facebook. Plusieurs blogs posts ont été écrits sur l’initiative et surtout afin d’expliquer de quoi il s’agit.
Symbole de la campagne le fameux #7ell (Ouvres!) qui a été aussi le Hashtag sur Twitter pour l’initiative. En quelques jours l’initiative est passée dans le Top Tweet pour le Hashtag TnAC.

Et incroyablement la sauce a pris. Les médias officiels ont repris l’affaire et le buzz a fait son effet. Présente sur le plateau télé de Tunis 1 Mme Lobna Eljridi, membre de l’assemblée constituante et une des défenseurs de l’initiative a tenté d’expliquer le principe et d’en faire la promotion. Elle a ainsi souligné la différence entre l’Open Data précédemment expliqué et ce qu’on appelle OpenGov où il devient dans ce cas question d’intégration du citoyen dans la prise de décision. C’est-à-dire qu’il pourra par exemple donner son avis sur les textes de lois dans la constituante, interagir avec le gouvernement… Une démocratie participative que ces jeunes députés cherchent à mettre en place où chacun aura le droit de s’exprimer effectivement.
« C’est un changement dans la mentalité plus qu’autre chose. » a ajouté Madame Eljridi. Le challenge est de taille, mais ce sera sûrement l’une des étapes les plus importantes de l’histoire de la Tunisie.

L’initiative a suscité un débat assez chaud au sein de l’assemblée où beaucoup étaient contre ce principe de transparence. Et finalement après le report du vote, le texte 62 a été voté hier, samedi 8 janvier 2012. Ce texte inclut la publication des travaux de l’assemblée et des données relatives aux audiences comme principe et la non-publication et confidentialité en cas d’exception. Le choix de publier les données ou de les considérer comme confidentielles demeure la fonction des membres du comité au sein de l’assemblée.

Un premier pas, certes petit, mais il ouvre les portes pour une possible adoption totale du principe de l’Open Data & Gov. D’autres textes de loi (68, 82, 86, 105, 132, 136) incluant le principe de transparence sont en attente de vote à ce jour. En voulant que l’assemblée soit le premier lieu de l’exercice de l’Open Data & Gov, et ce, en votant son intégration dans le règlement interne de l’assemblée, les députés et engagés Tunisiens ont vraiment bousculé plus d’un. Reste à voir que s’il est voté est-ce qu’on va s’y tenir?!

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