14 janvier 2011 : de nouvelles révélations par Mediapart

La vérité sur ce qui s’est passé exactement le 14 janvier 2011 nous arrive au compte-goutte, apportant des détails hallucinants. Mediapart a publié, jeudi 10 novembre, une nouvelle version de ce qui s’est déroulé le «14 janvier 2011 à Tunis : le jour où Ben Ali est tombé» et écrite par Pierre Puchot.

Mediapart a réussi à obtenir le dossier d’instruction émanant du tribunal militaire, lequel s’appuie sur des auditions menées par la justice civile ; un dossier contenant plus de 1.200 pages.

Dans cet article, le déroulement des événements est détaillé heure par heure, voire minute par minute, le tout agrémenté de fac-similés. En le lisant, le lecteur a l’impression d’avoir devant ses yeux les images d’un film de guerre des clans ou à une pièce de théâtre. Mais malheureusement, c’était la réalité.

Ainsi, et comme rapport par Mediapart, «à 16h23, selon le compte-rendu de l’audition de Rachid Ammar, Ridha Grira ordonne l’assassinat de Samir Tarhouni pour libérer les Trabelsi». Voici la narration des faits : «Ridha Grira appelle le général Rachid Ammar, qui se trouve toujours auprès du ministre de l’Intérieur Ahmed Friaa, dans la salle des opérations du ministère.
Grira : « Monsieur le président m’a annoncé que la brigade antiterrorisme s’est alliée avec les intégristes islamistes et ont pris en otages sa famille à l’aéroport. Il ordonne d’abattre sur-le-champ ces traîtres.  »
Ammar : « Attendez monsieur le ministre, pouvez-vous répéter ce que vous venez de dire, que je mette le haut-parleur de mon téléphone afin que M. Friaa l’entende également.  »
Grira répète alors les mêmes directives d’éliminer les agents de la BAT détenant la famille Trabelsi
».

Les mots «brigade antiterrorisme», «alliée», «d’intégristes islamistes» et «en otages» mis ensemble par Grira dénotent de l’affolement total de l’ancien ministre de la Défense. En effet, comment une brigade antiterrorisme peut-elle, du jour au lendemain, s’allier avec des «intégristes islamistes» quand on sait que Ben Ali et ses sbires faisaient tout surveiller ?

Ridha Grira semble être une machine à tuer. Après s’être étonné que Seriati soit «encore ici» et s’être demandé «pourquoi ne s’est-il pas envolé avec Ben Ali», l’ancien ministre de la Défense «ordonne son arrestation sur-le-champ». Voilà la suite des événements vers 18h00 ce jour-là : «Ridha appelle ensuite Rachid Ammar, qui se trouve toujours au ministère de l’Intérieur, et lui ordonne (de nouveau) d’éliminer la BAT et l’USGN afin de libérer les Trabelsi :
– Ridha Grira : « Il faut tuer ces gens-là à l’aéroport, il faut tous les tuer, frappez-les avec la force nécessaire.  »
– Rachid Ammar : « Je refuse, M. le ministre. Je sais comment négocier avec ces hommes, je vais m’en occuper. Il y a beaucoup de monde à l’aéroport, ils sont trop armés, il faut éviter la force qui ne pourra mener que vers un bain de sang.»

Comme si bien remarqué l’article de Mediapart, «dix mois après les faits, et malgré toutes les auditions menées, la justice tunisienne ne s’est toujours pas décidée à communiquer sur les événements cruciaux d’une journée qui restera comme l’une des plus importantes de l’histoire de la Tunisie».

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