Opinion – Abus et violations du code électoral : l’ISIE impuissante ?

En cette journée historique qui a vu les premières élections démocratiques de l’histoire de la Tunisie, je suis resté, comme bon nombre de mes compatriotes, une fois mon devoir accompli, scotché aux fils de mes réseaux sociaux pour suivre le déroulement des évènements dans les différents bureaux de vote du pays.

L’énorme élan citoyen pour la bonne marche du scrutin a vite commencé à dénoncer sur internet les différentes violations du code électoral qui ont eu lieu pendant la journée. Outre les pratiques simplement inutiles et rétrogrades qu’ont vécu certains bureaux de vote, telle la séparation des hommes et des femmes dans des files d’attente distinctes, on a reporté à plusieurs reprises, l’implication de partis dans des abus assez graves.

Comme on l’a vu lors des journées électorales à l’étranger où plusieurs responsables de bureaux de vote (au Qatar, en Algérie et au Liban) ont été changés pour leur appartenance affichée au principal parti conservateur tunisien, il en aurait été de même aujourd’hui dans un bureau de Sidi Bouzid à cause de militants de ce même parti. D’après plusieurs témoignages recueillis sur les réseaux sociaux, des membres d’Ennahdha auraient aussi essayé de profiter des votes des analphabètes et des hésitants en leur montrant la case à cocher sur la feuille de vote, case correspondant aux listes d’Ennahdha bien évidemment.

Si des dépassements ont déjà été signalés auparavant, notamment ceux de l’UPL et du PDP qui avaient refusé d’appliquer l’interdiction de l’ISIE d’utiliser des supports médiatiques pour faire de la publicité politique à partir du 12 septembre, les infractions supposées d’Ennahdha pendant le scrutin s’apparentent plutôt à des tentatives de falsification hautement plus graves.

Ces informations sont évidemment recueillies par bouche à oreille, et ne sont par conséquent pas entièrement certaines (même si les sources sont très nombreuses, incluant le PDP par exemple ici), mais si elles sont avérées, qu’a prévu l’ISIE pour les sanctionner ? Le changement d’un responsable de bureau de vote n’est-il pas un geste inutile, vu qu’il a probablement déjà altéré le bon déroulement du scrutin en introduisant des voix illégitimes ? Si on y pense bien, l’ISIE n’a peut-être pas de moyen de sanctionner efficacement un parti (par annulation de votes par exemple) vu que ça engendrerait une réelle colère de ses partisans qui pourrait déstabiliser tout le processus de vote à l’échelle nationale. L’ISIE ne peut donc que se contenter de dénoncer les fraudes et abus, prévenir, menacer, sans jamais agir.

Les partis avec le moins de scrupules le savent bien, et peuvent toujours tenter la fraude au maximum pour gagner des voix le temps d’être démasqués, et de faire en sorte que l’évènement disparaisse dans la nature, en toute impunité.

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