Campagne électorale : le point d’orgue

Il y a comme un air d’une fin de quelque chose ces jours-ci. Hier, dans un long discours aux tonalités de bilan, Mr. Béji Caïd Essebsi a rappelé l’œuvre de son gouvernement provisoire où l’autosatisfaction le dispute à l’espoir dans une Tunisie résolument tournée vers la démocratie. Et c’est ce soir que se clôt la campagne électorale de l’élection de l’Assemblée constituante. Tous les partis vont jeter toutes leurs forces dans les derniers meetings qui constituent le point d’orgue d’une campagne qui aura débuté relativement timidement et achevée tambour battant. La grande multiplicité des listes et des candidatures a rendu quelque peu le choix des citoyens difficile.

Toujours est-il que dans deux jours, le 23 octobre 2011, la Révolution du 14 janvier prendra tout son sens à travers des élections libres, transparentes et démocratiques. « Aux urnes, citoyens ! », jamais une expression n’a été aussi percutante, appelant tous Tunisiens à vivre pleinement, et ce pour la première fois, leur citoyenneté. C’est un moment extraordinaire où le citoyen aura à accomplir le droit mais aussi le devoir de choisir en toute conscience le candidat et la liste que ce dernier conduit.

Pour tous les indécis, et ils sont légion, il reste donc quarante huit heures pour se décider. C’est dire combien sont importants les derniers meetings de ce soir. Car jusque là la campagne qui s’est déroulée dans une ambiance de relative sérénité, a manqué de mordant. Certes il y a eu de la visibilité, mais force est de reconnaître que les modalités de la présentation des différents candidats n’ont fait mouche que partiellement. A la télévision, le défilé des têtes de listes a permis aux téléspectateurs d’identifier les visages mais non de connaître leurs programmes comme il se doit. Car là est, nous semble-t-il le talon d’Achille de cette campagne. Certes il a y eu des débats qui ont éclairé un tant soit peu les lanternes des Tunisiens, il n’en demeure pas moins que le vif du sujet à savoir la question de la nouvelle constitution n’a pas été suffisamment discutée.

Un autre point aura caractérisé la campagne électorale, c’es la polarisation du paysage politique entre deux blocs antithétiques : les islamistes d’une part et les progressistes d’autre part. Cette bi polarité est-elle le reflet de la réalité ? C’est une question qui paraît d’autant plus pertinente que des divergences apparaissent au grand jour ces derniers jours au sein du front que constituent les forces du progrès. Un seul exemple nous paraît édifiant, c’es la divergence des points de vue entre le PDP de A. Chebbi et Ettakatol de M. Ben Jaâfar. Cette divergence est d’autant plus importante qu’elle porte sur les éventuels rapports avec le parti Ennahdha au sortir du scrutin du 23 octobre. La possibilité d’une probable alliance du centriste Ben Jaâfar avec le parti de Rached Ghannouchi a semé le trouble, mais le leader du Forum et son bras droit M. Zaouia ont vite démenti. Ce trouble s’explique par les déclarations tonitruantes et graves des leaders d’Ennahdha. Jugez-en : Rached Ghannouchi menacent de manifester sa colère au cas où des trucages du scrutin seront avérés. ; Hammadi Jebali, rapporte le quotidien français, Le Monde, estime que les salafistes ont leur place dans le paysage politique. Voilà ce qui est de nature à renforcer la polarité du paysage politique pourtant éminemment pluriel. Voilà ce qui alimente la suspicion à l’égard d’Ennahdha.

Tous les yeux sont aujourd’hui braqués sur la Tunisie et gageons qu’au soir du 23 les résultats ne donneront à voir aucune hégémonie. Une victoire écrasante de quelque parti que ce soit laissera planer le risque d’un pouvoir absolu que la Tunisiens ne sauraient accepter. Le Temps de la dictature est définitivement révolu.

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