Opinion – La Der d’El Bach : nouvelle dénomination pour le CCIH

Le Centre Culturel International de Hammamet s’est doté, mardi dernier, d’un conseil consultatif composé de représentants des divers domaines de la création intellectuelle, littéraire et artistique, ainsi que des secteurs de l’information, de la production et de l’animation culturelle. A cette occasion, il a été convenu de donner à cette institution culturelle le nom de  »La maison de la Méditerranée pour la culture et les arts ». Cette information, qui est parue sur un quotidien de la place, le vendredi 14 octobre 2011, est pratiquement passée inaperçue dans l’effervescence de la campagne électorale, mais surtout de la polémique et des manifestations autour de la diffusion du film Persépolis.
J’aimerais revenir sur cette info pour préciser qu’il aurait fallu doter le CCIH d’un statut et non d’une commission consultative. Un statut, un conseil d’administration et une feuille de route, pour ce fleuron de notre culture nationale, auraient été plus pertinents et judicieux que de noyer le poisson dans l’eau.

Rappelons que le Centre culturel international de Hammamet est un site patrimonial d’une superficie de neuf hectares dans lequel on trouve un jardin botanique, Dar Sebastian et le théâtre de plein air. Le Centre autant que le Festival ont vu les plus grands noms du théâtre, de la danse, de la musique, du cinéma, de la poésie et de la littérature s’y produire ou y résider. Sans oublier que Bourguiba, Churchill, Rommel et d’autres hommes politiques y ont séjourné.
Plusieurs personnalités, appartenant à différents domaines, ont collaboré à l’élaboration des différents programmes de ce centre, dont feu Mohamed El Hedef disparu il y a quelques jours. Beaucoup d’employés ont travaillé dans ce lieu et n’ont vu leur situation sociale se régulariser qu’en juillet 2010 après des dizaines d’années de travail au noir, sans contrat ni couverture sociale. Alors, de la considération, du respect pour toute cette Histoire et tout ce labeur seraient les bienvenus sans aller trop vite en besogne.

Quelle mouche à donc piqué El Bach de vouloir donner une nouvelle dénomination au CCIH à dix jours de son « départ » ? Nous sommes tout à fait d’accord que la dénomination « centre culturel » est révolue, mais toujours faut il avoir une nouvelle vision, un nouveau projet, une nouvelle argumentation qui va avec cette dénomination :  »La maison de la Méditerranée pour la culture et les arts ». Un nouveau projet doit s’inscrire dans la nouvelle politique culturelle de notre pays, ce qui n’est pas dans les prérogatives de l’administration actuelle qui est de surcroit sortante. Et comme nous allons vers des démocraties locales et régionales, ce n’est plus, peut-être, du ressort du ministère de la Culture d’en décider.

Alors pourquoi cet empressement de changer l’appellation d’un site patrimonial et à ce moment-là pourquoi ne pas changer le nom du Bardo en Musée Méditerranéen de l’histoire ? Si nous analysons cette nouvelle dénomination, nous trouvons que le terme maison nous rappelle trop les appellations de l’ancien régime : maisons du journaliste, maison de l’écrivain, maison du banquier … Des lieux fermés sur certaines professions et certaines personnes qu’on arrivait mieux à cerner et à surveiller. Le nom d’origine de ce lieu était Dar Sebastian, connu dans le monde entier sous cette appellation. Internationalement, les centres de même envergure ont tous une dénomination personnalisée.

Cette « nouvelle dénomination » a une connotation politique : très UPM (Union pour la Méditerranée), mais nous savons que cette instance est morte née avec Moubarak et peut être le départ de Sarkozy en 2012.
Alors, de grâce, ne changeons pas pour changer, reconnaissons notre multiculturalisme et rétablissons l’appellation d’origine : Dar Sebastian, qui n’a jamais été utilisée officiellement et laissons-la ouverte sur le monde entier. Après la révolution nous n’avons plus à avoir des complexes avec le nord de la Méditerranée : c’est au nord de faire des efforts maintenant.

Chez certains, et ils se reconnaitront, cette idée de Maison de la Méditerranée se ruminait depuis 1994: c’est vieux quand même ! Et c’est R.F, ce cardinal de l’ombre se découvrant de nouveaux talents d’imitateurs (suivez mon regard), qui a susurré cette idée à El Bach parmi ces précieux conseils de départ. El Bach n’a fait que sauter sur l’occasion sans réfléchir, d’ailleurs comme il la fait depuis février: puis communiquer cette décision rapide et sans fondement à la presse.
Pourtant, notre ministre de la Culture n’a pas beaucoup donné son avis sur la liberté de création, la liberté artistique et surtout la liberté d’expression. Mieux : il a proposé d’autres formes de censure d’après ce qu’on lit ça et là. Bien sûr, il y a beaucoup d’intox, mais parait-il, on lui prête quand même l’idée saugrenue de vouloir se préserver pour d’autres gouvernements maitres El Bach ?

Hind Mandy

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