Affaire Nessma TV : l’onde de choc n’est pas près de s’arrêter ?

A quelques jours du grand rendez-vous du 23 octobre, date de l’élection de l’Assemblée Constituante, le pays ne semble pas encore se relever du choc provoqué par la projection de « Persépolis », le film de Marjane Satrapi. La direction n’a certainement pas mesuré le risque d’une programmation qui allait mettre le feu aux poudres. Contre toute attente ? Il faut être naïf pour le croire… Une vague d’indignation a vite vu le jour et a donné lieu à des manifestations hostiles à l’encontre de Nabil Karoui, le PDG de la chaîne privée.

Au cœur de la polémique, une scène figurant la divinité a ostensiblement offusqué la foi de beaucoup de Tunisiens. Si une majorité n’a nullement apprécié cette projection tout en restant silencieuse, si certains ont, au nom de la liberté de création, défendu la chaîne incriminée, en revanche un groupuscule extrémiste a réagi par la violence proférant même des menaces envers Nabil Karoui. Sous aucun prétexte on ne peut admettre ces comportements d’un autre âge. Fait étonnant, soit dit en passant, l’absence ou la timidité des formations politiques pour condamner la violence. Toujours est-il que l’onde de choc s’est propagée à une vitesse vertigineuse à telle enseigne que dans les quatre coins du pays des voix se sont élevées pour dire à l’unisson leur indignation.

Face à cette montée de manifestations qui pointent du doigt Nessma TV, son PDG n’a pas tardé à faire amende honorable, la voix visiblement tremblante, à tout le peuple tunisien et maghrébin. Peine perdue si l’on en juge par la recrudescence d’une violence exacerbée.

Nullement satisfaits par les excuses publiques jugées inutiles, quelques fanatiques ont mis le feu mercredi soir à deux voitures devant la maison de Nabil Karoui. Et ce n’est pas tout : un groupe d’avocats a porté plainte contre la chaîne pour « offense envers les cultes » engendrant l’ouverture d’une enquête judiciaire. Les choses n’allaient pas s’arrêter là. Hier, vendredi elles ont pris une tournure dramatique. La prière de vendredi a donné lieu à deux types de prêche sur la controverse : attitude ferme et tolérante d’une part, discours agressifs d’autre part. Dans la foulée des manifestations à Tunis d’abord déroulées dans le calme pour tourner après dans la confrontation avec la police à coup de jets de pierres et d’utilisation de bombes lacrymogènes. Résultat : beaucoup de blessés plus ou moins graves et des arrestations. Le clou du spectacle affligeant sera l’attaque dans la soirée du domicile de Nabil Karoui où un groupe d’obscurantistes déchaînés a mis le feu dans la maison du PDG de Nessma heureusement vide. Acte éminemment grave et que rien ne saurait justifier. Et comme si cela n’était pas suffisant, voilà que tard dans la nuit, un incendie s’est déclaré à Jbel Boukornine et près de la localité de Mornag. Dieu merci, les pompiers de la protection civile ont su réagir à temps. Y a-t-il un rapport de cause à effet ? Rien n’est moins sûr. Toujours est-il que quelques personnes malveillantes aux sombres arrières pensées saisissent ces troubles pour plonger le pays dans le chaos.

Deux remarques s’imposent : à coup sûr, ces événements sont de nature à envenimer la campagne électorale. Les chantres de la liberté ne doivent pas oublier que dans un processus d’apprentissage de la démocratie, il serait aberrant de tout avoir tout de suite. C’est faux de croire que la liberté est absolue. Parallèlement, les fanatiques religieux doivent se rappeler que l’Etat de droit ne saurait accepter les débordements et autres violences moyenâgeuses. Ceux qui pérorent dans les débats télévisés accusant Ennahdha de fomenter l’escalade de la violence, ignorent qu’ils ne font ainsi que mettre de l’huile sur le feu. Seule une enquête pourra faire la lumière sur ces incidents.

Tout en déplorant les graves incivilités, on ne peut occulter la légèreté un tantinet provocatrice d’une chaîne qui gagne à être plus impartiale dans les débats, à un moment crucial de la transition dominée par les tensions et la cherté de la vie. A dire vrai dans cette polémique, la question ne porte pas sur la liberté de création. Le débat qui a suivi la diffusion du film n’a fait que l’effleurer.

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