Un Nobel pour trois. Pourquoi pas ?

Coup d’éclat dans l’opinion internationale, suite à la publication de la liste pour le Prix Nobel de la Paix, qui compte pas moins de 241 candidats. Elle comporte trois noms de jeunes arabes : deux Egyptiens et une Tunisienne. Tous proposés à cette «noblesse» sans prendre, au préalable, leur avis personnel.
Il s’agit de trois cyberactivistes notoires, ayant presque le même âge (entre 28 et 30 ans) et qui étaient presque totalement inconnus du public, il y a une année. Les voici, du coup, sous les projecteurs. Ils sont suivis au pas par les divers médias dans le monde…

Qu’est-ce qui a poussé les 7 membres du comité norvégien du Nobel —qui est appelé à décerner, le 7 octobre prochain à Oslo, le prix— à penser mentionner parmi les postulants deux femmes et un homme arabes ? Tous sont des acteurs acharnés ayant tenu et réussi à briser les chaînes de l’oppression et de la dictature dans leurs pays respectifs.

Primo —Le comité du Nobel a pris l’habitude, depuis quelques années, d’innover en la matière, voire de surprendre. N’a-t-il pas choisi en 2009, et contre toute attente, Obama comme lauréat ? Pourtant, ce métis démocrate —de son aveu même— n’a rien fait d’exceptionnel, jusque-là, pour mériter un tel honneur. On croit que cet illustre comité a tenu à saluer, en lui, et son avènement aux Etats-Unis en tant qu’homme de couleur, une incroyable première, et l’espoir placé en lui pour mener le monde à meilleur port, contrairement aux agissements de son prédécesseur, le criminel George Walker Bush aux mains tachées de sang en Irak. Il en a été de même avec le dissident chinois Liy Xiaobo, honoré, lui aussi, par le Nobel.

Secundo —Les sages du Nobel semblent tenir à marquer l’avènement miraculeux qu’est le «Printemps arabe». Il s’agit d’un authentique mouvement révolutionnaire qui a réussi à faire dégager de la scène politique, depuis le début de cette année, aussi bien un Ben Ali (le 14 janvier) qu’un Moubarak (le 25 février) et qu’un Kadhafi (début septembre) en attendant que d’autres têtes couronnées tombent tant en Syrie qu’au Yémen et probablement dans certaines principautés pétrolières aussi… Le mérite des révolutionnaires en Tunisie (trois cents tués) et en Egypte (sept cents), c’est que le prix à payer en hommes pour se libérer a été moindre qu’ailleurs, en Libye, par exemple (30 mille tués) ou en Syrie (près de quatre mille, pour le moment).

Un événement pareil, le «Printemps arabe» —avec ses retombées incalculables ayant réussi à libérer trois peuples du joug des dictatures les plus hideuses, en attendant le reste— mérite bien d’être fêté, comme il se doit, d’autant plus qu’il est appelé à marquer l’histoire contemporaine. Par ailleurs, il y a là, aussi, une glorification méritée de la femme arabe dont la contribution n’est pas négligeable dans les manifestations antigouvernementales. Puisque deux des trois nominés sont des jeunes dames. Et la dernière africaine bénéficiaire d’un Nobel fut, en 2004, l’écologiste kenyane Wangari Maathai, décédée depuis.

Tertio —Il est bien temps que le comité du Nobel finisse par reconnaître le monde de l’univers virtuel et l’importance de plus en plus grande qu’il prend dans notre quotidien.

Reconnaître le mérite des réseaux sociaux à travers les cyber-militants : la Tunisienne Lina Ben Mhenni (lire son interview), et les Egyptiens Esraa Abdel Fatah et Waël Ghonin —par ailleurs experts dans l’usage des blogs et fondateurs de plusieurs sites ravageurs contre les despotes— cela revient à rendre hommage, à travers eux, aux peuples tunisien et égyptien. Ces nobélistes, il faut le reconnaître, incarnent haut-la-main, certes parmi tant d’autres, la marche triomphante de la révolution en Tunisie et dans la vallée du Nil. C’est, aussi, un stimulant de l’action pour le reste des diverses jeunesses arabes, toujours si mal loties…

Toutefois, la nomination pour ce Nobel 2011 s’annonce acharnée. Certes, nos jeunes cyberactivistes tuniso-égyptiens, tous d’origine sociale modeste, mais au palmarès glorieux, ont attiré la sympathie du monde entier. Mais, est-ce, vraiment, suffisant pour s’opposer aux innovations des grands savants et chercheurs aux prouesses technologiques et scientifiques prouvées ? Par ailleurs, nos internautes révolutionnaires sauront-ils tenir la dragée haute au redoutable Julian Assange, concurrent, à son tour, pour ce Nobel. Ce fondateur du réseau ravageur Wikileaks n’a-t-il pas fait chanceler plus d’une chancellerie à travers le monde et bouleverser plus d’un échiquier politique ? Qui vivra verra !

Ceci dit, j’ai une humble proposition aux honorables membres du comité norvégien du Nobel de la Paix : rendez-nous, ce 7 octobre, heureux, messieurs les notables ! Choisissez la jeune tunisienne Lina, fille du peuple, habitant la banlieue sud de la capitale, en tant que lauréate. Du moins, faites partager ce prix grandiose entre les deux dames candidates, voire entre eux trois, en y incorporant Waël.

Ainsi vous aurez conquis l’affection du monde arabe entier !

M’HAMED BEN YOUSSEF (Tunis-Hebdo)

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