La vente des noms de domaines .tn n’est pas du goût de tout le monde

L’affaire sonne comme une nouvelle polémique dans le cyberpaysage tunisien. Cœur du litige: les noms de domaines. Ces derniers sont en fait des identifiants qu’on attribue à des domaines Internet. Une sorte de masque afin que vous puissiez facilement manipuler des sites web au lieu d’avoir à faire avec des adresses IP.

Et c’est le domaine .tn qui pose problème. Depuis quelques jours des informations circulent à propos de la revente par des particuliers de noms de domaines tels que koura.tn ou révolution.tn tous deux enregistrés chez Tunet par un particulier le mois de juin dernier à 9 jours d’intervalle. Sentant la bonne affaire, les noms très stratégiques sont aujourd’hui mis en vente au profit des tiers pour des sommes d’argent allant de 500 dinars à 1000 dinars pour le cas de revolution.tn. Une pratique courante dans le monde du web international où des personnes réservent des noms de domaines « assez sensibles » ou qu’elles trouvent stratégiques et qu’elles revendent par la suite aux intéressés pour des sommes d’argent conséquentes.

Ce n’est qu’à partir du 15 juillet 2010 que les noms en .tn sont devenus accessible aux particuliers tunisiens, pour qu’ils deviennent par la suite si convoités. Auparavant, leurs réservations n’étaient autorisées qu’aux sociétés de droit tunisien, aux détenteurs d’un nom en « .com.tn » et aux détenteurs de marques établies en Tunisie qu’elles soient nationales ou internationales. Mais suite au processus de « réformes » de l’Internet en Tunisie annoncé par l’Agence Tunisienne de l’Internet (ATI) en 2009, les choses ont bien changé. Les deux mentors de l’Internet tunisien en l’occurrence l’INT et l’ATI ont alors eu le temps de s’organiser et une charte de nommage du .tn a été rédigée. Une charte évolutive et qui précise toutes les conditions et les précisions sur les noms de domaine en .tn. Dernière version en date celle du 15 avril 2010 parue sous décision de l’INT.

Cependant le business du .tn qui peut sembler pour certains anodins n’est pas du goût de l’Instance Nationale des Télécommunications (INT). L’instance n’a pas vu la chose du bon œil et n’a pas manqué de le rappeler dans un communiqué paru sur son site web où elle rappelle à l’ordre tous les détenteurs et les demandeurs potentiels de noms de domaines « .tn ».

On cite « […] sensés avoir lu et accepté les termes de la charte de nommage et avoir pris connaissances des engagements qui découlent du fait d’avoir enregistré un ou plusieurs noms de domaines (article 21.2), sont appelés à respecter ces engagements sous peine de poursuites judiciaires et de suspension de tous les noms de domaines en leur possession. »

En parcourant la charte, on trouve effectivement tout un article portant le numéro 13 consacré à cet effet
avec une section 13.3 précisant que le titulaire d’un Nom de Domaine Internet en .tn s’engage à: « Ne pas vendre ou louer ou déléguer le Nom de Domaine Internet en totalité ou en partie ». À noter que ce cas présent est totalement différent de qu’on appelle le cybersquattage, chose punie d’office par la loi internationale et qui consiste à enregistrer un nom de domaine correspondant à une marque déposée, et ce, dans l’intention d’exercer un chantage sur elle par la suite ou d’altérer sa renommée. Les domaines réservés ne sont en aucun cas des noms de marques tunisiennes ou internationales.

Beaucoup se sont révoltés suite à ce rappel à l’ordre parlant d’entrave à la liberté des utilisateurs du web tunisien. Cependant, ces mêmes utilisateurs ont normalement accepté TOUS les articles de la charte avant d’acquérir ces noms de domaines. L’article 13 de la charte est ainsi remis en cause.

Et comme pour couronner le tout, la perte du nom de domaine tunisie.com (à ne pas confondre avec le .tn) vient casser le moral des internautes et experts en webmarketing tunisiens. Ainsi, ce nom de domaine très sensible et caractéristique de la Tunisie a été perdu par l’Etat tunisien faute de non-renouvellement à échéances.

Un laisser-aller de la part de l’Agence Tunisienne de Communication extérieure qu’on peut qualifier de grave où ce nom de domaine a été racheté par un apporteur d’affaires français afin qu’il puisse l’exploiter à son profit.

Commentaires:

Commentez...