Les cyberactivistes syriens en difficulté

Les massacres ne cessent de se succéder en Syrie. Les morts tombent par dizaines chaque jour et l’avis international peine à bouger pour prendre des mesures face au massacre commandité par Bachar El Assad.

Connu pour avoir tenu le pays d’une main de fer depuis plus de onze années consécutives, le président syrien n’a pas failli à sa réputation. Il ne ménage pas l’utilisation de ses forces armées pour faire face aux différentes manifestations pacifiques auxquelles est confronté le pays.

Des manifestations demandant des réformes pour une vie meilleure et plus digne. Des réformes annoncées en grandes pompes par les politiques et qui tardent à venir.

Et comme pour les autres révolutions, le tout se joue en grande partie sur le web même si Bachar El Assad a su apprendre « des erreurs » de ceux qui l’ont précédé dans ce domaine. La répression de l’actuel chef de l’État ne fait pas uniquement rage sur le terrain, mais aussi sur le net. Pas très évident de s’organiser et de diffuser les vidéos quand vous avez tout un régime à vos trousses. Contactée à cet effet, une cyberactiviste syrienne a accepté de répondre à nos questions. Mais le plus frappant c’est son insistance à garder l’anonymat tant c’est dangereux.

Preuve que le système n’y va pas de main morte avec les cyberactivistes. Ceci peut aller de la coupure de courant générale à la torture comme le souligne le journal en ligne The Daily Telegraph qui assure que certains des activistes arrêtés ont été torturés afin de révéler leurs mots de passe Facebook pour contrer la propagande qui se passe sur ce réseau.

Notre contact nous raconte aussi qu’Internet est d’une lenteur inimaginable. Peu surprenant car les technologies d’Internet sont peu développées en Syrie. D’autant plus que la « distribution » dépend essentiellement du fournisseur SyriaTel, propriété de… l’État. La cyberactiviste ajoute que la majorité des sites sont soit bloqués soit trop lents à ouvrir, mais Tor fonctionne encore (Tor est un logiciel libre et un réseau ouvert aidant à se défendre contre les formes de surveillance qui menacent les libertés individuelles et la vie privée). Les Syriens commencent à s’habituer à la censure, mais il ne faut pas oublier qu’il y a des Syriens vivant à l’étranger qui, eux, ont plus de ressources pour se mobiliser.

Elle souligne ainsi un point très important : les Syriens dépendent énormément de l’aide des cyberactivistes syriens n’habitant pas la Syrie. Ces derniers diffusent et mettent en forme le peu d’informations qui leur parvient des activistes résidents en Syrie. Chose faite tant bien que mal avec des réunions sur Skype pour organiser les choses. Beaucoup d’erreurs aussi ont été corrigées telles que la crédibilité des vidéos, ou on remarqué que les manifestants portent des pancartes avec la date et le lieu.

Plus osé : certains ont diffusé sur le web et dans les médias des notes confidentielles de l’armée syrienne. Et c’est dimanche dernier que le groupe Anonymous a annoncé le piratage du site du ministère de la Défense syrienne. Le site est resté inaccessible jusqu’a lundi. Des messages de soutien et des images des victimes de la Révolution syrienne ont été affichés en lieu et place de la page d’accueil actuelle du site.

Mais c’est sans compter sur les pro-Bachar El Assad et de son armée qui se sont empressé de pirater à leurs tours le blog des Anonymous. Un message très provocateur y a été diffusé : « Le peuple syrien a décidé de purifier Internet de votre site… Voici les photos des soldats martyrs syriens »

Il faut souligner que le soutien au peuple syrien à travers la toile dans les différents pays arabes n’a vraiment été visible qu’au début du mois de Ramadan, et ce, après la tuerie de Hama. Les appels aux manifestations à travers Facebook étaient très timides. Fatigués ou lassés, on ne sait, pas trop. Certains disent qu’il vaut mieux tard que jamais et tentent de mobiliser la foule devant les ambassades syriennes de leurs pays. Chose faite en Tunisie où un appel par différentes associations tunisiennes, Ligue des droits de l’homme et syndicat des journalistes, a été lancé pour un rassemblement, aujourd’hui, mercredi 10 août à partir de 11h devant l’ambassade syrienne. Le communiqué diffusé portait le titre « Notre silence les tue … Nous ne nous tairons plus », ce qui résume peut être la situation et un changement a venir.


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