Tout est bien dans le meilleur des mondes en Tunisie… à 90 %

Lors d’une interview accordée hier, lundi 13 juin, à la chaîne satellitaire Al Jazeera, dans le programme «Hadith Athaoura» («Paroles de Révolution»), diffusé à 20h05, le Premier ministre du gouvernement provisoire, Béji Caïd Essebsi, a présenté un aperçu sur la situation politique, sociale, économique et sécuritaire de la Tunisie, six mois après l’avènement de la révolution.

Plusieurs sujets ont été traités, dont, en premier lieu, la notion de liberté qui, selon Ahmed Mansour, le présentateur, ne serait qu’une liberté de la parole sans plus, alors que les autres valeurs risquent d’être enterrées… Ce à quoi Caïd Essebsi a répondu par des promesses sur une véritable liberté et un État de droit garantissant les libertés, la transparence et l’égalité pour tous. Une notion de l’État sur laquelle le Premier ministre a insisté à plusieurs reprises, même lorsqu’il s’agit de juger les criminels du régime de Ben Ali, un ancien président qui doit être jugé comme tel pour éviter toute vexation.

Caïd Essebsi a insisté sur le fait qu’il fallait distinguer le PSD (Parti Socialiste Destourien de Bourguiba) du RCD (Rassemblement Constitutionnel Démocratique de Ben Ali) et faire la différence entre les hommes qui ont appartenu à l’un et à l’autre ; chacun devant être jugé sur ses actes et selon sa responsabilité sur les actes commis durant la révolution.

A propos de l’action des membres de son gouvernement, Caïd Essebsi a exprimé sa pleine satisfaction sur la compétence de ceux-ci, les jugeant comme la meilleure équipe qui n’est, toutefois, pas exempte d’erreur et qui peut être à tout moment appelée à rendre des comptes sur son exercice. Un gouvernement qui aura à gérer le pays jusqu’aux élections du 23 octobre prochain, avec une nouvelle feuille de route qui répondra aux exigences de développement des zones jusque-là délaissées et une enveloppe équivalente à 80 % du budget qui seront réservés à 14 gouvernorats parmi les plus démunis.

L’aide consentie pour les projets et les investissements futurs est estimée à 125 milliards de dollars, étalés sur cinq ans. Le futur gouvernement devra la gérer. Pour Caïd Essebsi, cette somme devrait être en grande partie un apport des Tunisiens. Mais comment quand on connaît les possibilités économiques et matérielles du peuple tunisien… ?

Pour le sujet de la sécurité, le Premier ministre a été très optimiste, estimant qu’elle est assurée aujourd’hui à 90 %… Un optimisme que ne partage pas bon nombre de citoyens. En ce qui concerne ceux qui se sont rendus coupables de crimes contre la population durant les événements de janvier, Essebsi a répondu : «Nous ne pouvons pas mettre tout le monde dans le même sac. Tous ceux dont l’enquête prouvera la culpabilité seront jugés», avant de préciser que bon nombre des cadres du ministère de l’Intérieur sont aux arrêts. Lorsque le présentateur Ahmed Mansour lui cita les noms de ceux qui, à ce jour, sont encore en liberté (Khaled Ben Saïd par exemple), Caïd a répondu que les investigations étaient en cours.

Le Premier ministre a également parlé du rôle de l’armée et de son chef d’Etat-major qui, selon lui, n’intervient nullement dans les affaires du gouvernement et se limite à ses seules fonctions que lui dicte la loi.

A la question de la restitution de l’argent et des biens pillés, il précisa que les démarches administratives et diplomatiques sont en train de suivre leur cour. Rappelons que l’Arabie Saoudite n’a pas répondu à ce jour à la demande d’extradition de Ben Ali et de sa famille.

Caïd Essebsi a évoqué, par ailleurs, les relations de la Tunisie avec la révolution libyenne et le Conseil de transition, ainsi que les partis et leurs rôles, l’influence du parti «Ennahdha» sur la vie politique et sur les prochaines élections, tout comme les différentes commissions autour desquelles beaucoup de floue persistent quant à leurs activités et à leur efficacité à faire la lumière sur toutes les vérités, selon bon nombre de citoyens et d’activistes indépendants.

Commentaires:

Commentez...