Les Nawaat sont des «militants, pas des journalistes»

Suite au rassemblement Kelmetnaa de samedi après midi, nous avons rencontré Houssem Hajlaoui, bloggeur activiste, membre de Nawaat et contributeur à l’organisation de la manifestation. Il a accepté de répondre aux questions de Webdo:

Houssem, quelles sont vos impressions après ce rassemblement?
Un seul mot: une brise d’espoir. Nous avons foncé pour remobiliser la masse autour de principes fédérateurs et tenté de récupérer le courant contre révolutionnaire. Les centaines qui étaient présents, et les milliers qui ont réagi virtuellement me redonnent espoir et me prouvent que nous avons raison de nous accrocher pour notre révolution.

Qu’est ce qui vous fait le plus peur pour vous pousser à faire autant d’efforts?
Que ceux qui se sont engagés à porter la révolution, la lâchent!

Est ce déjà arrivé?
Jamais, ils ne l’ont pas fait pour rien. Ils l’ont fait par conviction et amour pour cette patrie…Ceci n’a pas changé mais ce qui a changé c’est le souffle de certains qui manque et l’effet de la contre révolution.

Certes, le blog Nawaat a soutenu le rassemblement, mais est ce que tous les membres de Nawaat sont d’accord sur les points que vous venez de citer?
Et plus encore. Nawaat n’est pas un simple groupe d’activistes, c’est un esprit forgé au militantisme et à l’engagement.

Vous n’avez pas peur qu’une telle mouvance des idées porte préjudice à Nawaat et le rende subjectif aux yeux des Tunisiens?
Nawaat n’a jamais été neutre dans le sens journalistique du terme. C’est un groupe de militants et pas de journalistes. La preuve, pour « Kelmetna », ils ont tous été pour la cause et l’ont affiché haut et fort: Trois articles sur Nawaat, 4 membres présents sur place et 3 dans l’organisation.

Quel est le message de fond que vous avez voulu faire passer aux Tunisiens?
Le message de fond n’était pas pour le gouvernement directement mais pour tout le monde. C’est: « Unissons nous autour d’une seule position ferme et solide ». Nous avons voulu dire que nous sommes là et que nous sommes de retour pour récupérer notre révolution. Nous avons voulu inviter tous les Tunisiens à s’unir autour d’un mot de principe et pas d’une personne, un parti ou un intérêt.

Quelle est votre réponse à ceux qui vous traitent de « fauteurs de trouble » par l’appel à ce rassemblement?
Je ne vois pas comment on pourrait trouver une théorie qui accuse un manifestant pacifique de fauteur de trouble. Sinon, ce n’est pas réclamer notre droit à la transparence qui déstabilise le pays, mais plutôt ces magouilles non claires qui heurtent notre sécurité de temps en temps.

Quelque chose à dire à propos du gouvernement actuel ?
Le ministre de l’intérieur doit partir. Ce n’est pas du tout une option, c’est indispensable. Pour lui, c’est un problème de confiance. Il n’empêche que le plus important est effectivement de stabiliser le pays par des garanties qu’il faudra qu’il fournisse pour le processus à venir. Seule la transparence totale pourra garantir cela. Mais nous n’aurons pas peur de lui dire « dégage » s’il le faut. C’est en tous cas mon avis et celui des organisateurs de Kelmetna.

On a vu des personnes arborant des slogans appelant à la politique de l’Open Data, vous êtes pour?
Oui absolument. Je crois fermement que l’Open source sur le plan technologique et les modèles ouverts de gouvernance et de communication ne sont plus un luxe. Je crois que l’initiative doit être poussée pour plusieurs points:
1- Une démocratie naissante est de nature fragile, externaliser les processus et permettre un large niveau d’implication et d’information citoyenne forme une sorte de garantie
2- La démocratie se forge dans les mentalités par l’implication des citoyens et pas par les slogans qu’on entendait même sous ZABA
3- Économiquement parlant, l’Open source offre une énorme opportunité aux entreprises tunisiennes, vu son modèle réparti de revenus et de bénéfices
4- L’open source est une forme très démocratique de développement et d’usage de technologie, parfait, selon moi, pour l’économie émergente tunisienne.
Ces quatre points associent et lient Open Data, Open Governance et Open Source, car il faut les prendre en bloc pour en faire tout un modèle politico-économique. Les débats ne font que commencer. Je vois la détermination de la communauté du libre tunisienne…. Nous finirons par en faire un très bon support pour le soutien de notre économie et de notre future démocratie.

Verra-t-on d’autres sessions de Kelmetna prochainement?
Bien évidement, et on l’a bien dit aujourd’hui. C’est une initiative qui vise surtout à rassembler les indépendants et les engagés de la communauté. On en aura plein d’autres avec des revendications toujours plus avancées et une masse beaucoup plus importante… on mobilise en ligne autour d’un seul mot d’ordre, autour duquel il y a un consensus et on descend sur le terrain. Nous projetons également d’aller partout en Tunisie.

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