Le billet de Hatem Bourial – Les jacarandas de la discorde

Je n’ai jamais eu besoin de me faire prier pour tenir des propos élogieux à propos de Abdelhamid Gmati. C’est l’une de nos meilleures plumes francophones. C’est un chroniqueur de talent n’ayant pas son pareil pour débusquer tel trait ou telle locomotive qui n’arrive jamais à l’heure.

Dans sa ligne de mire, tout ce qui bouge ! L’ami Gmati a ainsi collectionné pour sa dernière chronique plusieurs perles bien de chez nous et bien de l’époque où nous vivons.

Ainsi, il a cloué au pilori quelques fadaises et autres balivernes en cours sur les plateaux de télévisions et autres tribunes politiques. Et c’est un véritable collier de perles plus ahurissantes les unes que les autres qu’il nous offre de découvrir.

Premier cas : un militant panarabiste propose de ne désormais s’adresser aux touristes visitant notre pays qu’en langue arabe. Ceci pour des raisons de réciprocité !

Deuxième cas : une intervenante dans un débat a proposé de changer de capitale. Kairouan devrait reprendre la place qu’elle a cédée à Tunis. Car Kairouan serait géographiquement plus au centre du pays !

Il y en a des dizaines comme ça que Gmati vient de réunir dans une cage aux folles où ça jacasse en se regardant le nombril. Une véritable foire aux cancres à laquelle je voudrai ajouter un autre cas fumeux dont j’ai eu à subir l’ire tonitruante.

C’est encore une fois un de ces politiciens auto-proclamés qui y va de son analyse. Son courroux concerne les jacarandas des avenues de Tunis (photo).

Pour ceux qui ne le sauraient pas, les jacarandas sont des arbres qui ont leur origine en Amérique tropicale. Ces arbres ont été plantés au début du vingtième siècle sur plusieurs avenues de la capitale (avenue Savary, avenue de la liberté, avenue de Carthage, etc).

Le hic avec les jacarandas, c’est que la couleur de leur fleur printanière est d’une nuance entre le violet et le mauve.

Vous avez dit mauve ? Vous avez dit cette couleur que Mejnoun Leila adorait et dont ses adeptes ont peinturluré tout le pays ?

Et voilà, notre militant qui s’enflamme et nous sort une ineptie dont seuls sont capables certains radicaux fulminants. Avec des accents de Zorro en rut, le voici qui lance un incroyable : « Il faut déraciner ces arbres car ils vont nous rappeler le souvenir de Ben Ali à chaque printemps ! »

Et quoi encore ? Le drame, c’est que le type était tout ce qu’il y a de plus sérieux en décrétant la peine capitale pour les jacarandas.

Pire, il persiste et signe dans la même foulée vengeresse. Voyant mauve vif, il ajoute : « De toute façon, en ville, les arbres ça sert à rien. Ça salit et ça pollue (sic) et ça prend des espaces qui devraient aller aux vendeurs ambulants. »

Que l’ami Gmati me permette donc d’attirer son attention sur ce cas décoiffant qui mériterait d’être décoré de la timbale du cancre d’or de la semaine.

Avec des gars pareils, on n’est pas encore sorti de l’auberge. C’est vrai, construire une démocratie avec des mecs dans ce style, c’est comme vouloir seller une vache !

Qu’on fiche donc la paix aux jacarandas, aux touristes non arabophones et au centre géographique de la Tunisie ! Et, par ailleurs, que les débats continuent car ils sont le reflet de la liberté de penser et de s’exprimer qui est éternelle. Tout autant que l’acharnement à la réprimer.

Une observation pour terminer : les sots ont cette supériorité qu’ils n’ont pas peur d’être bêtes.

Au grand bonheur des rieurs !

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