Ben Ali a-t-il vraiment acheté les faveurs de « Jeune Afrique » ?

Le 20 avril dernier, Webdo reprenait une information parue dans l’hebdomadaire « Le Canard enchaîné » du même jour.

«Comment Ben Ali a acheté les faveurs de « Jeune Afrique »» : dans cet article l’hebdomadaire satirique explique comment Zine El Abidine Ben Ali aurait joué un grand rôle dans le sauvetage de « Jeune Afrique » et aurait permis au magazine de se relever suite à une grave crise financière.

« Le Canard enchaîné » révèle même que l’ancien président tunisien aurait carrément obligé des dizaines d’entreprises tunisiennes à faire l’acquisition de 10.500 actions de « Jeune Afrique ». Une manière de renflouer les caisses du magazine !

Aujourd’hui, le magazine « Jeune Afrique », mis en cause dans cet article, répond au « Canard enchaîné » par l’intermédiaire de son directeur-fondateur Béchir Ben Yahmed, une réponse publiée dans son intégralité sur le site du magazine (http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJA20110429113835/).

Que dit cette réponse ? « Jeune Afrique » dément d’abord toutes les informations parues dans ledit article en les assimilant à «un mélange d’approximation, de hargne et de calomnie» jugeant, au passage, l’hebdomadaire satirique d’être dans «l’erreur de jugement et l’imposture».

Pour étayer sa thèse et contredire les propos du « Canard enchaîné », « Jeune Afrique » dresse un état minutieux de sa situation en 1997, année des « faits ».

Voici ce que rappelle M. Béchir Ben Yahmed : «l’opération objet de l’article du Canard consistait à faire souscrire à une augmentation du capital de Jeune Afrique des citoyens privés (personnes physiques ou morales) d’un pays de la zone de lecture de Jeune Afrique, doté d’une monnaie autonome avec contrôle des changes». […].

«Était-elle secrète, particulière ? Était-elle seulement critiquable ? Pas le moins du monde. Elle s’est déroulée sur plusieurs mois, ce qui montre bien que Jeune Afrique n’était pas pressé, encore moins à l’agonie ; nous voulions des actionnaires privés et non publics, nous voulions qu’ils soient nombreux – pour qu’aucun d’eux ne détienne même 0,5% du capital et que l’ensemble totalise environ 6% du capital – et qu’ils soient représentatifs de tous les secteurs d’activité». […].

«La présidence de la République tunisienne est intervenue pour la raison déterminante que voici : la souscription s’est faite en dinars, monnaie nationale non convertible, mais par son transfert en France dans le capital d’une société de droit français elle devenait un investissement à l’étranger, en francs (c’était avant le passage à l’euro), nécessitant l’autorisation de la Banque centrale tunisienne». […].

Voici pour l’explication ! Mais M. Ben Yahmed va plus loin en décortiquant les mécanismes de fonctionnement de l’opération effectuée par son magazine.

«Lancé à Tunis en 1960, Jeune Afrique s’est doté, décennie après décennie, d’un club de six cents petits actionnaires issus de cinquante-cinq pays, la plupart africains. À raison de quelques actions ou dizaines d’actions pour chacun, de manière à ce que la majorité du capital et le contrôle restent entre les mains de son fondateur, qui se trouvait être (jusqu’en 2008) le directeur de sa rédaction». […].

«C’est ainsi que nous avons recherché de nouveaux actionnaires, à l’occasion d’augmentations de capital successives, au Sénégal, en Mauritanie, en Côte d’Ivoire, au Togo, au Burundi, au Rwanda, au Mali, mais aussi en France, en Belgique, en Suisse, au Canada…». […].

«Ils savent – et les candidats actionnaires le savent également – que cela ne leur donne aucun pouvoir d’influence sur l’orientation éditoriale du journal et que Jeune Afrique ne distribue pas de dividendes». […].

Et de préciser en concluant : «C’est très exactement ce qui s’est passé dans la Tunisie de 1997 et, par conséquent, Le Canard enchaîné ment, tout simplement : Jeune Afrique n’était nullement à l’agonie et Ben Ali n’a acheté aucune faveur».

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