Opinion – Le pourquoi de la nécessité d’un CHU et une faculté de médecine à Kasserine

« 1. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. »

Ceci est le premier paragraphe de l’article 25 de la déclaration universelle des droits de l’homme, rédigée en 1948. Cet article, tout comme les autres de cette déclaration, est resté pour une large tranche de tunisiens, en l’occurrence les Kasserinois, lettre morte. Pourtant ces articles, savamment conçus par de brillants esprits, sont simples, logiques et ne font que rappeler des droits inaliénables, égaux et inhérents à tous les êtres humains.

Fille d’une infirmière, et amie de plusieurs médecins, je connais très bien la situation qui règne à l’hôpital régional de Kasserine : un bâtiment mal conçu à partir de matières premières du énième choix, un service d’urgence désastreux qui manque du matériel le plus basique pour sauver une âme humaine, une salle de réanimation dont on ne sort souvent pas vivant, deux dentistes et deux ophtalmologistes pour une population de 430.000 citoyens, un cadre médical et paramédical exténué par le flux de patients et le manque de moyens, des salles d’opération qui rappellent la deuxième guerre mondiale, des chambres encombrées et mal aérées, des chaises roulantes et des brancards cassés, un ascenseur toujours hors service, …

Mes amis médecins pourraient vous fournir des preuves plus tangibles et des statistiques plus exactes sur le nombre d’admissions, les pathologies des patients admis, ainsi que sur le taux vertigineux de mortalité parmi la population kasserinoise. Ce qui me révolte, par ailleurs, c’est la place de l’être humain dans tout ça, et sa position dans ce décor déprimant, voire morbide… car si la santé est souvent associée au bien-être et à l’optimisme, elle est pour les Kasserinois (majoritairement incapables de se payer une consultation chez un médecin privé) un vrai parcours du combattant. Pour eux, se rendre à l’hôpital régional de Kasserine est une épreuve difficile, un mal inéluctable qui débouche, ou bien sur la mort, ou bien sur un long périple vers les hôpitaux de Sfax, de Monastir, de Sousse ou de Tunis. Les cardiaques, les grands brûlés et les blessés (comme ça était le cas pour les blessés du massacre de Kasserine des 7, 8, 9, 10 janvier 2011), succombent souvent au mal de la route, et les ambulances de missions se transforment en convois funéraires.

L’OMS définit la santé comme étant : « un bien-être physique, mental et social ». Kasserine réclame sa part de bien-être et son droit légitime à la santé sur un pied d’égalité avec les autres régions de notre chère Tunisie, d’autant plus qu’elle compte parmi ses enfants des dizaines de médecins compétents, jeunes et dynamiques. Un Centre Hospitalier Universitaire et une faculté de médecine à Kasserine constitueront un bénéfice inestimable pour la région et pour toute la patrie. Créer ces deux institutions permettra d’équilibrer la carte sanitaire du pays, et de rendre à toute la région du centre-ouest, une part de ses droits depuis trop longtemps bafoués.

Hafawa REBHI

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