Internet : le droit à l’anonymat

Doit-on toujours montrer patte blanche, avant d’accéder au Net ? Faut-il toujours décliner son identité avant d’aller sur tel ou tel site ?

Même si l’on ne vous les demande pas explicitement, vos empreintes sont régulièrement relevées à chaque fois que vous vous connectez. Et il ne faut pas forcément chercher du côté des pays aux gouvernements autoritaires. Qu’on s’intéresse à vos opinions politiques ou religieuses, à vos habitudes quotidiennes, à vos loisirs ou à votre carte de crédit, sachez qu’on ne vous laissera jamais seul face au réseau. La solution pour ne pas devenir parano ? Essayer par tous les moyens de préserver son anonymat…

Liberté ou lâcheté ?
C’est justement le droit à l’anonymat que tente de préserver Christopher Poole, le fondateur de 4chan – un blog à base d’images souvent et selon ses les termes de son créateur, « mal compris » par les internautes grand public et souvent, à tort, considéré comme macabre. Devant des journalises du Guardian, Poole a dit qu’il est en profond désaccord avec le fondateur de Facebook Mark Zuckerberg, qui a déjà accusé publiquement les internautes anonymes de montrer « un manque d’intégrité ». « Zuckerberg a tout à fait tort quand il dit que l’anonymat est lâcheté totale. L’anonymat est l’authenticité. Il vous permet de partager dans un environnement complètement sans fard, façon premières », a-t-il souligné Selon Poole, Internet permet aux gens à se réinventer, sans risquer de leur faire payer le coût de l’échec, souvent très élevé lorsqu’on publie ses opinions crées en tant que soi-même. Un coût que certains internautes tunisiens connaissent bien.

Pourquoi devenir anonyme ?
L’anonymat dans l’écriture est une affaire plutôt délicate. Ceux qui veulent ressentir ce plaisir narcissique lié à l’acclamation des prouesses de leur plume doivent impérativement y renoncer. Mais avouez que c’est l’une des satisfactions majeures de toute activité artistique. Alors qu’est-ce qui pousse certains à se cacher du grand public ?

Une volonté de se libérer des préjugés
Les gens que vous connaissez ont déjà une opinion sur vous (ou sur celui qu’ils pensent que vous êtes). Si, par exemple, ils vous voient comme une personne joyeuse qui ne prend pas la vie trop au sérieux, un article que vous souhaitez écrire sur la politique ou la pauvreté risque d’être pris à la légère. Inversement, si l’on vous perçoit comme conservateur, essayez donc de faire partie d’un groupe défendant le mariage entre deux personnes du même sexe.

Se protéger des stéréotypes
Qu’on le veuille ou non, nul n’est à l’abri de l’étiquetage social. KGB, « zéro huit », Sfax, Sahel… votre nom en dit long. Sans parler de certains dont les noms de familles sont identiques à ceux de quelques personnes anciennement au pouvoir. Dans ce cas, se dissimuler derrière un pseudonyme peut éviter le lynchage.

Evaluer votre travail à juste titre
Si vous publiez vos écrits sur le Web par des moyens ou d’autres blogs, vous pouvez juger de la notoriété de votre travail par le nombre de fois qu’on a cliqué sur la publication en question. Toutefois, en tant qu’écrivain ou journaliste, vous ne saurez jamais si votre succès vient de l’intérêt de votre publication ou simplement du fait que vos nombreux amis du Net veulent vous aider.

Pour être libre d’écrire
Les écrivains qui veulent explorer d’autres horizons voudront aborder tout, sans tabous. Ainsi, leur œuvre devient un véritable être à part entière, un peu comme ce fut le cas d’Aurore Dupin connue en tant que Georges Sand. Le type de protection conférée par un nom de plume ou par l’anonymat permet à l’auteur de faire exactement cela, sans conséquences. Bien sur, certains considérerant peut-être cela comme une preuve de lâcheté ou de pusillanimité, mais pour d’autres, c’est l’une des plus nobles choses un écrivain peut faire – de renoncer à l’acclamation personnelle pour le bien de son propre travail.

Commentaires: