Pour faire barrage aux abus du système présidentiel, Paul Alliès nous conseille un « parlement à la portugaise »

Face aux critiques auxquelles fait face la commission supérieure de réforme politique, présidée par Iyadh Ben Achour, des universitaires ont invité plusieurs personnalités éminentes pour venir travailler avec des responsables de sous-commissions dans l’optique de proposer un système qui garantit le meilleur équilibre possible entre les pouvoirs en Tunisie.

Paul Alliès, qui a participé à ces travaux du 2 février au 6 mars, vient d’accorder une interview au quotidien français Le Nouvel Observateur.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Paul Alliès est un éminent constitutionnaliste de l’université Montpellier I . Président de la Convention pour la 6ème république, il préconise l’abandon du régime hyper présidentiel en France pour un plus juste équilibre entre les pouvoirs.

Dans son entretien, Paul Alliès explique la volonté des Tunisiens de ne plus s’appuyer sur un système qui a engendré, par le passé, les excès qui ont conduit à cette révolution. Le changement auquel aspire les Tunisiens pourrait même être bénéfique aux Français puisqu’il cible, justement, les « erreurs françaises commises avec le présidentialisme ».

A la question de savoir quel modèle de régime conviendrait le mieux aux Tunisiens, Paul Alliès conseille « aux Tunisiens de suivre les pas du Portugal et de la Pologne ». Ces deux pays ont en effet neutralisé la fonction présidentielle, à la sortie du régime dictatorial, en octroyant le pouvoir au premier ministre. Un pouvoir voté par la majorité de l’Assemblée. Les avantages d’un tel système en Tunisie, selon lui, permettrait de garantir l’équilibre des pouvoirs tout en conservant une élection du président au suffrage universel direct. De fait, le poste présidentiel deviendrait un simple contre-pouvoir face à celui du premier ministre légitimé par l’assemblée.

Paul Alliès évoque aussi l’importance de structurer l’opinion publique tunisienne qui a souffert de plus de 23 ans de répression. Il souligne le rôle que la France pourrait jouer pour y contribuer en « partageant son expérience en matière de collectivité locale et en proposant des formations accélérées pour les journalistes ». Paul Alliès n’a pas manqué sur ce point d’exprimer son indignation quant au peu d’initiative proposée par la France, qui pour l’instant c’est contenter « d’envoyer son ministre du tourisme proposer une campagne publicitaire gratuite dans le métro pour faire la promotion du tourisme tunisien ».

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