La leçon d’humanité de Béji Caïd Essebsi

Dans une interview accordée au magazine français Marianne2, le Premier ministre tunisien du gouvernement de transition fait le point sur une situation régionale issue de la « Révolution » tunisienne, des réfugiés de Ras Jedir et de l’intervention militaire des puissances occidentales en Libye. Le constat est incroyable, selon les termes repris par Marianne2 !

Ce constat étonne tant par son réalisme que par le ton utilisé. M. Béji Caïd Essebsi n’y va pas par quatre chemins pour mettre en valeur le mérite et le courage de cette Tunisie nouvelle. Il n’y va pas également de main morte pour accabler une Europe trop refermée sur elle-même et qui se veut pourtant « humanitaire » à souhait.

Une sorte de diatribe contre cette Europe qui se dit submergée par les réfugiés (ou les immigrés illégaux selon les convictions de chacun). Une leçon pour cette Europe si riche mais incapable de porter secours à des personnes en perdition.

M. Béji Caïd Essebsi le dit : «la Libye est une affaire intérieure tunisienne»… et ce n’est pas pour le pétrole !!!
«Attention, pour nous la Libye ce n’est pas l’étranger, c’est une affaire intérieure. Les mêmes familles vivent des deux côtés de la frontière. Presque chaque ville de Tunisie possède son quartier tripolitain. Nous avons reçu plus de 160.000 réfugiés en quelques semaines. Nous n’avons pas crié à l’invasion. Nous leur avons porté secours dans la limite de nos moyens. Les habitants des régions frontalières les ont reçus chez eux. On ne nous a pas signalé de mécontentement local».

L’Europe devrait donc méditer sur ce qui se passe actuellement à Ras Jedir et en Libye. Qu’est-ce que Lampedusa face au drame humanitaire qui se passe actuellement à ciel ouvert sur la frontière tuniso-libyenne ? Rien, si ce n’est que cela se déroule en toute humilité ! Lampedusa n’est rien comparé à Ras Jedir ! Une bonne leçon d’humilité !

«Vous, en France, quand dans un moment de crise, 5.000 Tunisiens débarquent à Lampedusa, très, très loin de votre territoire, vous y voyez un cataclysme. Marine le Pen court à Lampedusa. Il vaut mieux rester calme. Ce sont des drames humains accidentels qui ne tirent pas à conséquence irrémédiable. On fait avec. Vous réalisez : 160.000 immigrés survenant soudainement chez nous, toute proportion gardée, c’est l’équivalent d’un million d’immigrés en France en quelques jours. Je n’ose même pas imaginer la panique. Je ne donne de leçon à personne mais je crois que la démocratie consiste justement à régler sans heurt les problèmes qui surgissent naturellement dans une société. A propos de cette vague d’immigration, j’ai entendu des voix nous féliciter, « Vous êtes des héros », m’a-t-on dit. J’ai répondu, merci mais les héros sont fatigués, tout cela coûte cher et nous sommes un petit pays en difficulté économique. Aidez nous un peu en attendant que la Libye entre dans une ère de stabilité».

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