Sakher El Materi n’assume pas son penchant pour les hommes…


Karim, l’homme qui a côtoyé de près le clan mafieux de Ben Ali, continue son récit. Des rumeurs ont circulé un certain temps sur cet employé de l’ambassade Tunisienne à Londres: il aurait été sexuellement harcelé par Sakher El Materi. L’histoire est toute autre. Cet employé est l’homme assis en face de nous. Il nous raconte:

« Celui qui visitait le plus Londres, c’était Sakhr El Materi. Il a des business à Londres, comme Kia. Il est devenu concessionnaire de la marque à travers un saoudien à Londres qui l’a aidé. Il a beaucoup d’autres affaires. Il a aussi fait des études ici et donc il a beaucoup de nostalgie pour Londres. Il le déclare souvent« .

Quelques mois avant la chute de Ben Ali, le Prince Andrew avait même invité Materi au Buckingham Palace pour un déjeuner d’affaires auquel étaient conviés des dirigeants de grandes multinationales.

http://www.guardian.co.uk/uk/2011/mar/04/prince-andrew-tunisian-sakher-el-materi

Pour Karim, les choses ont mal tournées le jour ou Sakhr El Matri est venu lui demander de lui ouvrir un compte  sur le réseau social Facebook.

« J’étais tout le temps connecté sur Facebook et msn. Lui il voulait avoir une page sur facebook. C’était en 2008. Mais il avait peur de sa femme dans le sens que pour avoir un compte FB il faut publier des choses comme le fait Imed trabelsi : photos familiales, privées. Elle était contre parce qu’elle veut pas que Materi mette des photos. Elle craint les opposants qui les cherchent pour monter des vidéos moqueuses. Elle a aussi peur des commentaires des gens« .

Ne pouvant pas refuser de crainte de perdre son job, Karim s’exécuta. « Il m’a envoyé 5 ou 6 photos par Bluetooth. »Je lui ai créé le compte, je lui ai donné l’email et le mot de passe« .

Des photos familiales ont  été ajoutées comme le voulait Materi. Mais ce dernier ne consultait son compte que lors de ses  nombreux voyages d’affaires à Londres. Il pensait que son compte serait détecté par l’ATI (Agence Tunisienne de l’Internet) s’il s’y connectait depuis la Tunisie.

Mais le mystère ne dura pas  longtemps et l’existence du compte fut détectée. «  Après 3 mois et demi, sa femme a su qu’il y a un compte Sakher El Materi et qu’il y a dessus des photos très privées, celles de leur deux gosses et de sa femme et une vidéo filmée sur leur yacht à Sidi Bou Saïd« .

Personne ne pouvait avoir des données si personnelles, surtout aux temps de l’ancien régime. C’est ainsi que Sakhr El Matri appela Karim et lui demanda de désactiver le compte le plus  rapidement possible car Nesrine, sa femme, avait mis Soryati ainsi que  les responsables de la sécurité sur l’affaire. Sakher El Materi a tout de suite nié avoir créé ce compte.

Et c’est à cette date que la vie de Karim bascula. Sa curiosité lui fut fatale. Lors de l’ouverture du compte, il avait découvert des  messages à caractère sexuel échangés entre Sakhr et des jeunes hommes habitants Paris. « J’ai trouvé environ 75 messages non lus. Bêtement, j’ai cliqué sur les messages. (..) J’étais choqué. J’ai trouvé 3 messages dont deux où il y a des séquences vidéos gay avec des commentaires d’un mec qui s’appelle Walid M., résident à Paris. Il a une grande boite de nuit à Paris. C’étaient des commentaires, une conversation, qui parle d’une rencontre avec Sakher pour les fêtes de fin d’année 2007 (…) Il y a un autre message avec un certain Achraf B.« .

Sous le choc de ce qu’il avait vu, Karim s’appliqua à désactiver le compte et fit comme si il n’avait rien vu ni lu. Le lendemain, il reçut un coup de fil de Sakhr lui demandant s’il avait bien désactivé le compte mais aussi, s’il avait lu les messages. Karim ne nia pas et El Materi lui raccrocha au nez.

Après avoir découvert les messages compromettants de Materi, Karim ne put pas dormir pendant 3 nuits. Il savait que l’affaire aurait une suite. Après ces trois longues nuits, El Materi l’appela et lui demanda d’aller se livrer à l’unité de sécurité interne de l’ambassade.

Karim devait avouer avoir ouvert un compte au nom de Sakhr El Matri au dépend du concerné. L’histoire parait bizarre mais notre employé avait été rassuré par Sakhr sur le fait que rien n’allait lui arriver. Ce ne devait être qu’une formalité, rien de plus.

Apres cela, Materi alla à Londres. Karim se préparait à rentrer en Tunisie pour deux semaines de vacances. Materi lui donna 400 pounds pour acheter des cadeaux aux enfants.

Faire porter le chapeau à Karim fut très facile, et le mettre en confiance fut encore plus facile.

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