Restaurer la confiance avec des hommes neufs

A l’heure ou la rue tunisienne continue de manifester son hostilité à la présence de membres du RCD au sein du gouvernement de transition, plusieurs échéances se bousculent dans l’agenda gouvernemental pour rétablir le calme et la confiance, indispensables pour relever les formidables défis qui nous attendent.

Sur le plan politique, le premier ministre en exercice doit absolument répondre aux attentes légitimes de la rue, immédiatement. On ne peut pas nous expliquer que les anciens apparatchiks du parti, dégradés pour la circonstance au rang de bons techniciens, sont indispensables à la reconstruction démocratique alors qu’ils ont cautionnés sans broncher les dérives de l’ancien dictateur et de sa clique mafieuse. La continuité est dans les services pas dans les symboles. Il faut rompre avec les symboles de l’ancien régime et du système qui l’opérait. Dissoudre le RCD pour restaurer la confiance. Rien n’interdit aux opposants internes aux RCD de reformer un parti ex-nihilo. Ils seront jugés par les urnes mais on ne peut pas continuer à permettre qu’un seul parti concentre tous les moyens à l’heure du printemps démocratique.

A l’heure qu’il est, chaque jour compte. Des preuves sont en train d’être définitivement effacées et on a trop le sentiment que le premier ministre ménage à ses anciens camarades des saufs conduits qui leur permettront d’échapper à leurs responsabilités. Les circonstances obligent le premier ministre à faire preuve de courage politique, comme ses concitoyens dans la rue, pour scier la branche sur laquelle était assis tout l’appareil politique de l’ancien régime, exception faite de l’armée qui a sauvé le pays de la déroute.

Il y a suffisamment de compétences parmi les hommes et les femmes de la société civile pour assumer un rôle de ministre de transition avec une feuille de route précise et restreinte : assurer la continuité de l’état, restaurer la confiance, empêcher l’effacement des preuves de corruption et répondre aux attentes de pluralité et de justice.

Le volet économique est également chargé et urgent. Il faut immédiatement geler les avoirs de tous les membres du clan élargi de Ben Ali. Idem pour le RCD dont les biens serviront à financer la prochaine campagne électorale plurielle. Les chiffres extravagants qui circulent sur les fortunes mal acquises risquent à tout instant, si ce n’est déjà fait, de quitter le pays. Là encore, il faut de la volonté et de la fermeté pour le faire. Le ministre des finances et le gouverneur de la banque centrale ont sur ce point un rôle déterminant à jouer. Ils doivent être au-dessus de tout soupçon.

Il faut ensuite restaurer la confiance économique pour ne pas faire fuir les investisseurs étrangers. La démocratie est une opportunité formidable pour ces investisseurs à condition que les règles soient fixées rapidement. Cette confiance se restaure aussi hors de nos frontières en rassurant les gouvernements étrangers sur la bonne marche démocratique. Il ne faut surtout pas leur laisser l’opportunité de justifier leur realpolitik passée qui les a conduit à soutenir la dictature envers et contre tout.

Cela passe par une sécurisation des accords commerciaux internationaux qui font vivre le pays. L’élan démocratique est aussi une chance économique à condition de ne pas le dégrader. Le risque d’aujourd’hui doit être transformé en opportunité pour demain. Il impose une ambition qu’il faut assumer.

Seule l’incertitude joue contre nous. Les marchés n’aiment pas ça. Le gouvernement doit s’atteler à la tâche.

Avec des membres illégitimes de l’ancien régime et des voisins pas très heureux pour eux-mêmes du dénouement tunisien, le risque est toujours grand de les voir laisser pourrir la situation économique pour faire porter le chapeau ensuite au rêve démocratique tunisien.

Ces mesures de protection économiques sont donc au moins aussi urgentes que l’agenda politique car une démocratie sans moteur économique est toujours en danger. Nous méritons notre rêve. Ne le laissons pas aux mains de ce qui nous ont méprisés. N’oublions pas ces mots d’un ancien apparatchik du régime soviétique devenu oligarque sous Eltsine : « On a essayé de faire pour le mieux et à la fin on a fait comme d’habitude »

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