Mémoire maltaise: Henri Zarb et les beys de Tunis

Doreen Galea Vicenti Zarb a grandi dans la fascination de son grand-père. Et pourtant, elle ne l’avait pas connu. Décédé quelques mois après sa naissance, la petite-fille connaîtra toutefois tous les secrets et la légende de celui qui fut le portraitiste des beys de Tunis.

Henri Zarb est né à Malte en 1878. Tout le prédestinait à la vie d’artiste dont il eut la révélation lors de ses voyages d’étude en France, en Italie et au Royaume-Uni.

Miniaturiste réputé, il excellait dans l’art du portrait et réalisera plusieurs tableaux représentant les grands de son époque. George V, Fouad d’Égypte, Victor-Emmanuel d’Italie ou encore Albert de Belgique figurent sur ses œuvres les plus connues.

Plusieurs beys de Tunis ainsi que des présidents français ont posé pour lui et été immortalisés dans des peintures sur pied ou à cheval.
Sa petite-fille Doreen a grandi dans le faste de ces histoires que la famille se transmet d’une génération à l’autre.

Ce qui a surtout marqué la jeune Doreen, ce sont les histoires relatives à la cour des beys de Tunis. Dans la famille, on se racontait les riches heures de Henri Zarb à la cour beylicale. Tout était évoqué: les costumes d’apparat, les toilettes féminines ou encore le raffinement de la table des souverains tunisiens.

C’est que Henri Zarb était un habitué des palais de Tunis, le Bardo et la Marsa. Sa première visite remonte à 1921. À l’époque, Mohamed Bey l’avait invité pour réaliser son portrait.

Zarb reviendra à plusieurs reprises à Tunis, notamment en 1927 pour dresser le portrait de Mohamed Lahbib Bey puis en 1931 pour celui de Ahmed Pacha Bey. Il continuera à visiter la Tunisie des années trente et illustrera même un livre publié par le britannique Ransley.

L’un des chefs d’œuvre de Henri Zarb est un tableau où il a représenté cent dignitaires de la cour beylicale sur les marches de l’escalier aux lions du palais du Bardo. D’une précision qui rappelle la vocation de miniaturiste de Zarb, ce tableau est saisissant de vérité et de lumière, un peu comme une oeuvre qui juxtapose cent portraits.

Aujourd’hui, Doreen Galea Vicenti Zarb vit en Angleterre et cultive la nostalgie de son artiste de grand-père. Elle garde précieusement des coupures de presse, des correspondances et des photographies de celui dont les œuvres sont partout, dans les musées ou les palais qu’elles n’ont jamais quitté.

Henri Zarb laisse un héritage culturel qui est autant un témoignage sur la cour husseinite qu’un exemple artistique éloquent. À son époque, il avait écrit une page brillante de notre histoire tuniso-maltaise et jusqu’à sa mort en 1955, il restera très lié à la Tunisie dont il avait reçu le Nichan el Iftikhar, la plus convoitée des hautes distinctions beylicales.

Vivace, la mémoire de Henri Zarb ( dont le nom était aussi Vidal, ce qui par sa mère le reliait à la noblesse française) est aujourd’hui préservée par sa petite-fille qui nous a permis d’obtenir les photos qui illustrent cette chronique. Qu’elle soit remerciée ainsi que les services culturels de l’ambassade de Malte en Tunisie.

Henri Zarb remonte à la surface de nos mémoires et nous donne certainement envie de mieux le connaître.

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