Histoire de taxi

Quand les taxistes font la pluie et le beau temps
Devinette : si je vous dis jaune, quatre roues, et un chauffeur qui fait la pluie et le beau temps, quelle est la première chose à laquelle vous pensez ? Pendant que vous cogitez sur la réponse, laissez-moi vous narrer l’une des mésaventures les plus insolites qu’il m’ait été donné de vivre sur la banquette arrière d’un taxi…

Vendredi 23 octobre 2020, 8h du matin. Lieu: Khaznadar. Pas de métro. Des passagers, entassés tous azimuts dans la station, attendant la rame du salut. Quant à moi, j’ai cru faire le bon choix en prenant un taxi pour arriver au boulot à l’heure, sans savoir que c’était une mission impossible.

On était plusieurs sur le trottoir à attendre un taxi libre, alors que, mis à part ces chauffeurs qui ne s’arrêtent jamais et ceux qui ont décroché leurs cabochons, il y avait les fameux « makech fi thneyty » qui ne prennent que les clients qui se rendent aux endroits qui leur conviennent.

Dans cet essaim, j’ai réussi enfin à stopper un taxi. Telle la maîtresse du Monde j’ai jeté ce regard de « winner » à tous ceux qui en attendent encore un et je suis montée. J’ai indiqué au chauffeur ma destination et on est parti.

Ce dernier était l’archétype du taxiste-tunisien, qui, malgré toutes mes tentatives d’éviter toute conversation avec lui, n’a pas cessé de parler: de la météo, du corona qui, à son avis, n’existe pas, du mariage de son fils, du coût de la vie, de la situation politique nationale et internationale, etc.

Constatant mon silence, il m’a demandé mon nom, mon âge, ma profession, mon signe astrologique et m’a déclaré qu’il est en réalité un voyant. Première pioche. En psalmodiant en cachette, il a fait le portrait détaillé de ma personnalité. Il m’a demandé ensuite de lui serrer la main et de s’ouvrir à lui.

« Vous êtes promise à un bel avenir: un voyage, une fortune et un bon maktoub », lit-il dans les lignes de ma main. Il m’a même parlé avec précision de ma famille, et m’a fait avouer des vérités que j’ai cachées depuis longtemps. « Ne vous inquiétez pas. Vous n’avez qu’à faire une « roqya chariya », pour vous débarrasser de tous vos problèmes. Et je suis là pour vous. alik amen allah… », a-t-il ajouté.

La consultation s’interrompit soudain à cause d’un jeune homme qui, profitant de notre arrêt à cause de l’embouteillage, tentait d’ouvrir la porte de la voiture pour voler mon smartphone. Le taximan donna ainsi un coup de volant et roula à tombeau ouvert sur une autre voie. Lewis Hamilton n’aurait pas fait mieux !

Arrivant à sa destination à lui, au niveau de la station métro Le Passage, le taxiste s’est arrêté sur le bord de la route. « Je m’excuse mais je dois tourner par là pour éviter les embouteillages. La rue Mokhtar Attia n’est pas loin. Vous y êtes presque. Deux pas et vous arrivez », me lança-t-il.

Infortunée et pressée par le temps, je lui ai tendu un billet de dix dinars, en attendant le reste. Et quelle ne fut pas ma surprise quand il me rétorqua : « Et le prix de la séance (de la voyance)? »…

Jihene SALHI
Tunis-Hebdo du 02/11/2020

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