Journal de bord : Nos parenthèses suspendues

Œuvre de Sbai Gnaoui

Certains hasards sont implacables. Depuis mars dernier, des artistes ont travaillé durant le confinement pour tenter à leur manière, d’enchanter cette parenthèse dans nos vies.

Quelques mois plus tard, les œuvres sont là, fruit d’un effort doublement prométhéen. Seulement, la fatalité s’en mêle une nouvelle fois puisque l’exposition Culture Solidaire a lieu dans des conditions particulières.

Nées confinées, ces œuvres sont pour le moment vues sur fond de couvre-feu et de limitation des rassemblements culturels.

Injuste retour du pendule qui s’il amoindrit la visibilité d’une exposition, en renforce l’impact et en sublime les œuvres.

Car ces créations, il faudra bien les voir, les jauger, les apprécier à leur juste valeur qui excipe l’imaginaire de l’urgence et de la précarité.

Dix sept projets artistiques soutenus par la Fondation Kamel Lazaar et construits pendant et autour du confinement, se retrouvent dans un même espace culturel, celui de la station d’art B7L9 à Bhar Lazreg.

Le destin en a voulu ainsi, plaçant un obstacle de plus devant les artistes et les œuvres. Rien d’insurmontable toutefois car il faudra bien trouver les ressorts du rebond dans le désir des artistes, la fidélité du public de la station et l’originalité de la manifestation.

Œuvre de Sbai Gnaoui

Depuis le 23 octobre dernier, je me suis retrouvé de plain-pied dans cette équation. Comment faire pour mettre cette exposition en mouvement? Comment donner aux œuvres toute leur étoffe et aussi comment vivre artistiquement au diapason de Culture Solidaire.

J’ai bien sûr retroussé mes manches et me suis plongé dans le travail. Ce n’est un secret pour personne, je suis l’un des animateurs de la station d’art et chroniqueur pour Webdo. Je n’avance pas masqué et tend à me considérer comme un militant artistique et un soutien critique qui porte ce projet après que la Fondation Kamel Lazaar et les créateurs lui aient donné une incarnation.

Pour tout cela, j’ai cru utile de consigner quelques opinions et remarques dans ce journal de bord. L’exposition Culture Solidaire dure 59 jours, exactement autant que le confinement. Ce journal va courir sur une période équivalente. En quelque sorte, deux lunaisons pour une nouvelle parenthèse suspendue.

Comme par enchantement, nos vies semblent en effet suspendues, aliénées par un pesant maléfice qui fige nos actions et nous rappelle à chaque instant que nous sommes tous des êtres transitoires, des morts en sursis.

Faut-il relire les stoïciens, les cyniques et les épicuriens pour se saisir du moment? Pour ma part, je puise chez Mac-Auréle, Lucréce, Augustin et Montaigne pour surmonter l’épreuve. D’abord se convaincre qu’il faut cueillir le jour et la nuit inlassablement. Ensuite toujours revenir à Sisyphe et abolir toute certitude confortable, situation acquise, posture de pouvoir.

Œuvre de Sbai Gnaoui

En trois mots, humilité, humour et humanisme car nous savons que le rocher retombera inéluctablement dès qu’il atteindra le sommet.

Ce journal de bord, nous le partagerons pour huit semaines. J’implore votre patience car pour moi, ces mots qui ne vont pas tarder à jaillir, je les mets en regard avec les œuvres nées de dix-sept projets.

Laissons dès lors remonter les mots et vivons jusqu’à la lie ces parenthèses suspendues que sont devenues nos vies.

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