Les députés vont-ils sauver leur honneur souillé ?

Il est un effet induit par la désignation de Hichem Mechichi pour former le nouveau gouvernement.

De fait, la décision du président de la République met les députés sous pression et redistribue les cartes.

Car en choisissant Mechichi, Kaïs Saied a non seulement tourné le dos aux candidats des partis mais aussi aux coalitions équivoques qui se voyaient en nouvelle majorité.

L’équipage droitier constitué par Ennahdha avec les ultras d’Al Karama et les ploutocrates de Qalb Tounes a été étouffé dans l’œuf par la manœuvre de Kaïs Saied.

Dans le nouveau contexte créé par la nomination de Hichem Mechichi, la connivence entre Ennahdha et Qalb Tounes devient intenable.

En ce sens, si le président du Parlement devait être destitué jeudi, ce serait à cause de la défection de députés de Qalb Tounes qui pourraient s’abstenir ou voter pour.

Cette configuration inédite pourrait mettre Rached Ghannouchi en difficulté y compris dans son propre camp qui se considère fragilisé par l’alliance avec les extrémistes.

Se rebiffant car des espaces s’ouvrent devant eux, beaucoup de députés cherchent à sauver leur honneur passablement souillé.

Désignés par la vox populi comme les responsables de la situation actuelle et comme des personnes qui ont trahi leurs électeurs, les députés sont sur le grill et le savent.

Allons-nous assister à un coup de théâtre avec de nombreuses démissions dans le bloc parlementaire de Qalb Tounes à la veille du vote ?

Le bloc nahdhaoui saura-t-il jouer de son influence sur ses alliés circonstanciels et préserver sa discipline de vote?

Les députés comme les y invite tacitement Kaïs Saied vont-ils adopter une posture éthique ou bien privilégier les calculs partisans devenus hasardeux ?

Le fait est que les lignes ont bougé et révèlent une nouvelle tectonique des plaques partisanes sur fond de tensions exacerbées.

Dernière question et non des moindres: Ghannouchi saura-t-il s’extirper de cette impasse ? Il le sait, la destitution ou même un vote étriqué en sa faveur, signifieraient sa perte d’influence et une retraite politique à l’horizon du prochain congrès des islamistes.

En attendant, et selon un scénario éprouvé, les lieutenants du leader d’Ennahdha jouent une énième fois, la carte de l’intimidation.

Mais que vaudra-t-elle face aux valeurs, à la rigueur et à l’élan républicain que prône Kaïs Saied qui, au-delà de son statut de président de la République vient nous rappeler qu’il est aussi et surtout le Chef de l’État et l’incontestable premier magistrat de la Tunisie.

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