Repenser l’École de demain

Tribune | Par Samia Shili

Slim Kacem et Samia Shili

Le Think Tank « Quelle école pour demain » poursuit son cycle de rencontres à la station B7L9. Samia Shili, coordinatrice de ces rencontres, revient sur la communication de Slim Kacem. Le président de l’association tunisienne pour la qualité de l’enseignement (ATUQUE) est intervenu mercredi dernier dans le cadre des activités du Think Tank.

Nous continuons à réfléchir ensemble sur l’école au beau milieu de la canicule. Nous ? Des enseignants, des éducateurs, des experts, des investis de mission, des déçus, des rebelles, des innovants. Un cercle réflexif qui entend se faire entendre.

Slim Kacem, arabisant, professeur, expert auprès d’organismes internationaux décortique âprement la Maison, le ministére de l’ Education nationale, le MEN et ses dysfonctionnements, nombreux.

« Un diagnostic de plus », lui dit un ami. Peut-être mais qui vise à dire les choses sans gueule de bois et sans calculs personnels, sans obédience dogmatique ni politique. Au MEN, selon Slim Kacem, on envisage toujours des réformes éducatives, jamais systémiques. Or, la véritable réforme est la réforme du Système, dans son ensemble.

Dans une approche participative Slim Kacem lance un brainstorming : quels sont les véritables problèmes du système éducatif tunisien ? Les programmes, le temps scolaire, le décrochage…

Certaines questions ont été approchées certes… Des études ont été menées. Des cycles de formation entrepris … Capitalise-t-on sur ce qui a été fait ? En a-t-on étudié l’impact ? Jamais. Ni réforme systémique, ni planification stratégique du système. Un tableau noir, on efface et on recommence. Quelquefois même, on entreprend de nouveau les mêmes études et on re-débourse. Chacun arrive avec ses dogmes, tente de les imposer et rien n’est consigné. On classe et on oublie.

Un véritable pronostic de l’école tunisienne ? Les problèmes, nombreux, classés selon leurs natures ? Un véritable diagnostic des mesures du MEN ? Un plan d’action rigoureux et stratégique ? Rien de tout cela.

On confond même causes et effets. Ce qui mène inexorablement à un faux diagnostic, un faux traitement et des résultats peu probants. Le décrochage scolaire est un effet. Ses causes ?

Les cours particuliers sont une conséquence. De quoi au juste ? Sanctionner en mutant ou en dégradant trois ou quatre personnes, est-ce véritablement traiter le problème efficacement ? La théorie de l’exemple si inutile. Slim Kacem choisit d’étudier le système éducatif en le comparant à une personne physique lente, caduque, réfractaire au changement ( la lenteur est à la source du refus de changement ), dépassée, hermétique, conservatrice, amnésique. Terrible descriptif.

Oui, continua-t-il, le système éducatif est sans vision, sans outils arrêtés, peu réactif. Ce n’est pas spécifique à la Tunisie. Il y a quelques années, en France, on évoquait le « mammouth » qu’il ne faut pas bousculer. Or, un système éducatif s’emploie à préparer l’avenir des jeunes. Comment peut-il être conservateur ? Ce paradoxe fondamental est à dépasser urgemment.

Pourquoi les bonnes pratiques ne sont-elles pas consignées ? Transmises ? Pourquoi la journée d’un éducateur qui part à la retraite est-elle ordinaire ? Il ferme son bureau, assiste dans le meilleur des cas à une petite réception – inutile – avec quelques petits fours et un tableau souvenir et au revoir. Et son apport au MEN ? Et la transmission ?

Il y a un manque de lucidité véritable, dit Slim Kacem. Du déni. Des réactions et non des actions. Les mauvaises décisions sont prises. Les élèves sont en classe, tout va très bien. En réalité, ce qui aide l’enseignant à supporter un réel extrêmement difficile sont les élèves. Que les élèves.

240.000 fonctionnaires, deux fois et demi Total. Et les DRH ? Fonctionnaires clé de l’institution sortent-ils des grandes écoles ? A-t-on ce profil au sein du MEN ? Sûrement, quelques-uns. Sans plus.

Quand on vieillit, continua Slim Kacem, on devient très vulnérable. On attire les opportunistes, ceux qui veulent tirer profit des situations. La vulnérabilité n’attire pas les meilleurs. Un réquisitoire honnête et intransigeant. Dire ce qu’il en est. S’ajoutent à tout cela, les blocages politiques.

Un atelier urgemment avec, autour d’une table, tous les intervenants du secteur, dresser les points forts ( mémoire ? ), les points faibles, les opportunités, les menaces, les actions, les priorités, le timing, le budget, les coûts, les outils afin que les énormes sommes mobilisées ne soient plus dilapidées et qu’elles aient un impact retentissant ?

La communication de l’expert Slim Kacem ne fait pas dans le tabou. Le MEN est un grand corps malade sans inventivité et sans réalisations systémiques abouties. C’est aussi ce que je pense. Écouter un expert est le premier pas vers le désir de faire.

Slim Kacem est un partenaire dans une réflexion sur l’école tunisienne que nous menons à la place de la maison-mère parce que nous sommes essoufflés par un système sclérosé et que nous entendons nous faire entendre.

Nous avons mené plusieurs actions de concert avec Slim Kacem, ces dernières années et, à chaque fois, il dit honnêtement l’état de l’institution : une école malade. Âgés pour continuer à souffrir mais jeunes pour nous lancer dans l’incontournable Innovation. Nous continuerons à être des agitateurs rompus à la chose éducative.

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