Think Tank : Saloua Guiga et l’enseignement de l’arabe

Tribune | Par Samia Sehili

Saloua Guiga

Le Think Tank « Quelle école pour demain » poursuit son séminaire d’été à la station d’art B7L9 à Bhar Lazreg. Plusieurs experts et enseignants-chercheurs mettent leur savoir en commun pour une réflexion sur l’école tunisienne.

C’est dans ce cadre que Saloua Guiga a pris la parole la semaine écoulée pour une approche comparative de l’enseignement de la langue arabe dans les système scolaire tunisien et français. Samia Sehili, coordinatrice du séminaire, revient sur cette communication dans le style qui lui est particulier.

Nous écoutons madame Guiga, une grande dame, une militante, une fervente de l’égalité homme-femme. Elle est professeur d’arabe, conseillère pédagogique, dans l’école tunisienne, avec dix ans d’école française aussi.

« Une grande dame, très engagée »

Ainsi m’en a-t-on parlé la première fois. Elle avait nourri ses élèves OIB (Option Internationale Bac), 9 heures d’arabe par semaine, de cette langue si riche et ils en sont porteurs aujourd’hui aux quatre coins du monde : une langue qui n’est pas seulement celle de leur pays mais qu’ils aiment grâce une pédagogie différenciée et beaucoup de désirs suscités.

Une langue, ce n’est pas seulement SA langue, cela ne veut pas dire grand-chose pour moi, c’est la langue que nous avons aimée à l’école parce qu’on a su nous en miroiter la beauté.

Oui l’identité est un concept dangereux. MA langue est celle que j’aime parce que riche et belle, porteuse de libertés multiples. Et pas obligatoirement celle du berceau, intellectuellement du moins et esthétiquement. Et culturellement aussi.

J’aime le tunisien, ma langue de cœur. Je m’épanouis dans le français ma langue de choix, de l’esprit dix-huitièmiste, de Dada et du surréalisme.

Madame Guiga fait partie de notre think tank. Elle a dit oui et pourtant elle n’a eu que quelques jours. Extrêmement calme, douce, profonde, parfaitement bilingue, elle compare l’enseignement de l’arabe dans le système tunisien et le système français.

« Comment comparer l’incomparable ? »

Elle décortique le programme du système public. En 2016, en douce, l’introduction de l’épopée ou quand « l’arme est plus puissante que le livre. » La disparition des textes de Tahar Haddad sur l’égalité homme-femme, l’égalité successorale. Le choix s’est fait sur les textes de guerre et d’épées.

Messieurs, le mot restera percutant, puissant, sa trajectoire est longue. Il tonne longtemps après le silence du feu tuant. Le mot est immortel.

Madame Guiga évoqua feu Mohamed Charfi, le bilinguisme et le biculturalisme, les horizons d’ouverture qu’offrent les langues et les cultures. L’importance de l’oral et la disparition de l’épreuve orale. Le classement de l’enseignement tunisien 65ème sur 70 pays. En 2018, la Tunisie refusa de participer à l’évaluation.

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Madame Guiga évoqua, elle aussi, les déscolarisations par milliers depuis 2011. Le décrochage scolaire. L’école tunisienne est au plus mal, les réformes et la réflexion sont absentes ou en douce comme en 2016, pour des raisons dogmatiques évidentes. Vue courte et danger.

Rationalisons les programmes dans l’école, désormais, de la démocratie, soutenons la langue arabe, ouvrons-nous sur toutes les autres langues. Mettons le plurilinguisme et le multiculturalisme à l’ordre du jour : être au diapason du monde et édifier pensée rationnelle et pragmatisme.

Il n’y a pas pire que le nationalisme et la vue étriquée. Le prix d’une place de choix parmi les nations. Tunisie, petit pays qui regorge de pros, nourris de chez eux mais aussi de tous les autres.

Le bateau École coule, redressons-le avant le naufrage total.

Merci Saloua Guiga, pédagogue chevronnée, créatrice de désirs de Savoirs, arabisante de taille, fervente militante de la parité homme-femme et moderniste revendiquée.

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