Hassen Bayou : Grinta, tirs flottants et buts en or

Si l’expression « renard des surfaces » s’appliquait à un joueur en particulier, elle irait comme un gant à Hassen Bayou, l’un des goléadors clubistes les plus en vue dans les années soixante-dix.

Hassen, comme on l’appelait affectueusement, pouvait jouer dans un mouchoir, mettre à profit sa puissance et percuter les buts adverses. Rusé, patient et opportuniste à souhait, il aura écoeuré bien des défenses dans sa carrière et en particulier celles des voisins de Bab Souika.

C’est que Hassen pouvait rester muet pendant plusieurs semaines et, comme par un appel des dieux du sport, se réveiller face à l’Espérance de Tunis. Il n’avait pas son pareil pour affoler les défenseurs espérantistes qui, même lorsqu’ils le collaient à la culotte, finissaient toujours par se faire piéger.

Ces rentrées en cours de jeu de Hassen sont dans les mémoires de tous les supporteurs clubistes. Le scénario était immuable. Au début de la deuxième mi-temps, le public commençait à trépigner d’impatience en réclamant l’entrée de « Hassouna » sur le terrain.

Ce dernier n’allait pas tarder à se lever, retirer son survêtement, quitter la guérite des remplaçants et commencer son échauffement sous les applaudissements. Croyez-le ou pas, il parvenait ainsi, avec la complicité du public, à mettre la pression sur les défenseurs adverses.

Arrivait alors le moment fatidique où Hassen faisait son entrée sur le terrain. Surveillé comme l’huile sur le feu, il commençait alors à se positionner et entrer dans la mêlée. Jouant sur la largeur du terrain, il s’immisçait dans les défenses adverses et commençait son travail de sape. Véritable guérillero, il virevoltait dans tous les sens et ne renonçait jamais.

Puis, tout à coup, après un cafouillage, un tir flottant ou une pichenette, la balle se retrouvait dans les filets sans crier gare. Dans les gradins, après le traditionnel « Il y est! » clamé à gorge déployée, le public ravi entonnait le non moins traditionnel « That’s the way, Hassouna! » alors que goguenard, le buteur célébrait le « bountou » qu’il venait de « clouer » dans la cage adverse.

Que de fois, alors que le match se dirigeait vers une parité, Hassen surgissait pour remettre les pendules à l’heure clubiste. C’était en quelque sorte sa spécialité de forcer la décision en s’acharnant sur la défense adverse, à la manière peu élégante mais si efficace du grand Gerd Muller.

Ces buts impossibles, ces buts qui ont valu leur pesant de titres, restent dans la légende clubiste. Quant à Hassen Bayou, sans nul doute, il restera dans le panthéon du Club Africain, au chapitre des buts en or, aux côtés de Mohamed Salah Djedidi, Moncef Khouini et nos grands goléadors des années 1970.

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