Club Africain : Cinquante ans après le Cinquantenaire

Au temps dont je vous parle, un grand-père avait encore une posture de paterfamilias auquel tous devaient le respect absolu.

J’ai grandi dans ce respect qui d’ailleurs, n’excluait pas la joie et les complicités. Enfant, j’ai été un peu le fils cadet de mon grand-père. Il m’emmenait surtout au stade. Mon père, son domaine c’était plutôt le cinéma dont nous écumions les salles dès que j’ai eu l’âge de cinq ans.

J’ai donc grandi à l’ombre du Club Africain dont Hassen Nouisri, mon grand-père maternel, était l’un des fondateurs et le premier trésorier. Le Zouiten n’avait pas de secrets pour moi et âgé de presque dix ans, j’étais devenu la mascotte de l’équipe.

On disait alors que je lui portais chance depuis deux déplacements à Sfax et Mateur dont nous sortîmes victorieux. C’est peut-être vrai, je me le demande parfois !

L’époque m’avait gâté. Nous étions à la fin des années soixante et après un doublé, la Coupe est revenue quatre fois de suite à Bab Djedid.

En ce temps, les grandes fêtes avaient lieu sur la terrasse du local qui, plus tard, sera construite. Tout le quartier était bien sûr clubiste et le café, le salon de coiffure et la fanfare locale arboraient le Rouge et Blanc.

Hassen Nouisri

Ne l’oublions pas, l’année 1970 fut celle du Cinquantenaire du Club Africain. Fondée en 1920, l’association célébrait son parcours et la commémoration prit de nombreuses couleurs et des saveurs inédites pour un enfant qui mesurait le temps intuitivement.

La saison 1969-1970 s’était achevée sur une drôle de finale. Après deux matches en juin, le Club Africain et l’Avenir sportif de la Marsa n’étaient pas parvenus à se départager. Ce sera toutefois le CA qui brandira la coupe gagnée au nombre de corners obtenus et concédés. Je crois que c’était un 5 à 3 pour les nôtres.

Ces deux rencontres avaient été quelque peu éclipsées par le Mundial mexicain avec un Brésil scintillant de grâce et une Italie pugnace que nous portions dans nos cœurs. Et puis, ce match de rêve, ce 4 à 3 dramatique lorsque la Squadra Azzura mit fin au rêve allemand.

Quelques jours plus tard, la santé de mon grand-père devint franchement inquiétante. Des crises d’asthmes à répétition alors que nous passions l’été à l’Ariana, dans notre maison de vacances.

Puis, les choses se précipitèrent. Nous dûmes alors rentrer précipitamment à Tunis. Du haut de mes dix ans, je ne parvenais pas à mesurer la gravité de la situation. L’un de mes oncles ramena toute la maisonnée à Tunis et un autre reconduisit la voiture du grand-père.

Quelques heures plus tard, c’était fini. J’avais pleuré comme ne savent le faire que les enfants. Le lendemain, l’enterrement eut lieu au Jellaz. C’était un 10 juillet, il y a cinquante ans.

Ce jour-là, j’ai assisté aux funérailles de mon grand-père. Certains des joueurs qui figurent sur la photo de l’équipe des années vingt étaient présents. Je me souviens surtout de Larbi Meddeb et Ahmed Dhahak, qui faisaient partie de la famille et étaient aussi des voisins.

Premier gardien de buts du CA, Larbi Meddeb habitait comme nous à la rue des Silos alors que Dhahak dont on dit qu’il fut un redoutable ailier, vivait à quelques encablures.

Je les ai bien connus car, dans les pas de mon grand-père, je les croisais souvent et tendait l’oreille pour écouter les exploits des premiers Clubistes.

C’est aussi en 1970 que j’ai souvent rencontré Kamel Ghattas et Brahim Mahouachi, journalistes à plusieurs casquettes qui venaient interviewer les fondateurs. J’avais même acheté un petit carnet dans lequel – pour faire comme les grands – je consignais ce qui se disait. Je l’ai toujours ainsi que le disque qui avait été édité à l’époque à la gloire du Club Africain.

Quelques photos aussi que j’ai partagé et continue à chérir. Quelques images également, passées et présentes, de l’amour des Clubistes pour leurs couleurs. La légende continue et cinquante ans après le Cinquantenaire, l’épreuve que nous traversons, quelque soient ses conséquences, nous consolidera. Vaillants, les Clubistes répondront toujours présent.

Ce billet à tonalité personnelle est pour moi l’opportunité de saluer cinquante ans après sa mort, la mémoire de mon grand-père tout en apportant mon soutien – modeste mais inébranlable – à mes couleurs éternelles.

Dans quelques mois, nous célébrerons notre Centenaire. C’est un événement qui compte dans la vie d’une association et la joie qui s’empare de moi est différente de celle que j’avais ressenti il y a un demi-siècle.

Elle est aussi teinté d’une peine profonde, celle qu’on cultive en son âme, entretenant ainsi les mânes des ancêtres. Entre peine et joie, n’oublions surtout pas cette bande de potes qui a fondé une association qui a tant apporté à la Tunisie, au mouvement national et à l’action culturelle et sportive.

Ils ont initié quelque chose d’important il y a cent ans, certains d’entre eux étaient encore de ce monde en 1970 mais ont rejoint les limbes depuis. Aujourd’hui, nous sommes là, demain nous ne serons plus mais le Club Africain restera le repère essentiel, la légende sportive et l’école de vie qu’il n’a eu cesse d’incarner.

Que la mémoire de Hassen Nouisri et celle de tous les fondateurs soit honorée.

Vive le Club Africain !

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