Ghannouchi, le président de l’au-delà

Sa tête a failli finir sur un plateau argenté que l’on aurait présenté à Bourguiba de bon matin. Elle trône, aujourd’hui, sur le perchoir du législatif, l’un des trois pouvoirs démocratiques.

C’est dire si Rached Ghannouchi a su batailler intelligemment pour arriver là où aucun talentueux caricaturiste ne l’aurait imaginé : une blague si grotesque que même le Diable se serait abstenu de faire.

Car comment se fait-il que « l’homme le plus détesté de Tunisie », d’après les sondages, soit aux commandes du pays ? Ne sommes-nous pas en démocratie où le pouvoir appartient au peuple et où le peuple choisit son capitaine ? La réponse à une telle question se divise en deux points essentiels.

Primo, Rached Ghannouchi est le véritable représentant de la majorité des Tunisiens. Ces mêmes Tunisiens qui n’ont rien vu de la politique moderniste de Ben Ali et qui se sont drapés de la coule obscure d’un intégrisme compensatoire. En d’autres termes, ils se désolidarisent de leur destin et le confient au Très-Haut.

Secundo, celui qui s’affuble du titre de « cheikh », est un homme qui a cessé de vivre depuis ses premiers forfaits de jeunesse. Or, un homme qui a cessé de vivre est un homme qui n’a plus à rien à perdre, un être impitoyable, donc !

Rached Ghannouchi n’a d’humain que l’apparence. Il ne rit jamais, esquisse un rictus sadique de temps à autre, mais ses yeux sont vides, dépourvus d’émotions qu’un président de l’ARP devrait avoir en s’adressant à ceux qui lui ont accordé la confiance.

Le patron d’Ennahdha n’a même pas tiqué d’un cil lorsque la fougue de Abir Moussi s’est emparée de l’édifice du Bardo. On avait la triste impression que les soulèvements du PDL, aussi louables soient-ils, étaient vains.

La raison est que le sieur Rached n’est que la flaque d’eau que l’on tente d’éponger sans avoir, au préalable, colmaté la fuite. Fuite qui n’est autre que le chaos social qui asphyxie la République dans une crasse multiforme.

De par ce fait, le souci n’est pas de savoir si Ghannouchi va partir, mais d’arriver à anticiper l’identité de celui qui le remplacera dans son rôle d’inquisiteur des temps modernes.

En effet, chers lecteurs, ces temps de disgrâce ne seront que prolongés tant que la plaie qui ronge le peuple tunisien résulte de la passivité d’une intelligentsia amoureuse de la vie et craignant de finir à la Belaïd.

Parce qu’il va de soi que les intégristes n’ont pas peur de mourir, bien au contraire ! Ils haïssent la vie autant que la terre qui les a vu naître et n’ont en tête que cette quête omnivore du paradis.

A les entendre vociférer leur répulsion du changement, l’on se met à rêver de les voir, éternellement, confinés, une bavette en cuir sur la bouche et le droit de l’ôter uniquement pour s’alimenter.

Mohamed Habib LADJIMI

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