Mémoires du Ramadan : Corvée d’eau et fontaines publiques

Dans tous les quartiers de la capitale, les fontaines publiques étaient la règle jusqu’aux dernières décennies du vingtième siècle.

Celles que j’ai pu voir fonctionner dans un temps relativement récent, se trouvaient à la rue Abba, du côté de Bab Djedid, et à la rue Sidi Brahim Riahi, dans le quartier de Bab Souika.

Il reste d’ailleurs, comme des traces archéologiques, le corps de ces fontaines qui furent longtemps le lieu incontournable par excellence pour ceux qui n’avaient pas l’eau courante.

Dans mon quartier de Bab Djedid, les deux fontaines publiques les plus proches de notre domicile se trouvaient à la rue du Regard, non loin du boulevard, et à la place Sidi Mechref.

Même si nous ne manquions pas d’eau à la maison, il m’est arrivé de faire la corvée d’eau pour des voisins ou des personnes âgées. Le plus difficile, on l’aura compris, n’est pas de recueillir l’eau mais de porter ensuite les bidons.

Et puis qui parmi ceux de ma génération n’a-t-il pas bu goulûment à ces fontaines, ne s’est-il pas généreusement aspergé d’eau, après un match de quartier ou par grande canicule ?

Cette image de fontaine publique ne manquera pas de faire resurgir bien des souvenirs en chacun de nous.

Pour ma part, elle me renvoie à mes étés à l’Ariana lorsqu’il fallait aller chercher l’eau à la fontaine. Notre maison estivale disposait d’un puits mais pas de l’eau courante.

Dès lors, j’étais de corvée assez souvent. Il ne s’agissait que d’appoints car une dame qui travaillait comme « guerbaji » (porteur d’eau) nous livrait l’eau chaque matin.

Je me souviens avec précision de ses gestes et de la manière dont elle déversait le contenu de jerrycans pleins d’eau, dans un assortiment de jarres en terre cuite disposées à l’entrée de la maison.

Ces jerrycans étaient en fait des surplus américains de la Deuxième guerre mondiale et se sont retrouvés entre les mains des porteurs d’eau par je ne sais quel miracle du commerce informel.

Quant à a fontaine, elle ne se trouvait pas très loin, sur la place de l’ancien marché de l’Ariana, non loin de la grande mosquée.

Chacun sa fontaine et sa mémoire de la corvée d’eau! Chacun porte ses souvenirs et parmi les miens, j’en cultive deux en particulier: celui de la petite « charbia » (gargoulette) que mon grand-père avait fait venir spécialement de Djerba et qui gardait l’eau si fraîche et celui de l’outre en cuir de chèvre où ma grand-mère aimait garder son eau limpide et tout aussi délicieusement fraîche.

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